mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418487 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | SALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, M. C F représenté par Me Sall, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à l'effacement de son inscription au fichier des personnes recherchées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a entaché son arrêté d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les droits de la défense dès lors qu'il n'a pas pu présenter d'observations avant l'édiction de l'arrêté ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public ;
- le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères prévus pour prendre la décision portant interdiction e retour sur le territoire français ;
- le préfet a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Sall, représentant M. F qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant algérien né le 10 août 1981, déclare être entré en France en 2016. Par un arrêté du 1 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, le préfet de la
Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E A, attachée principale d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau du séjour, signataire de l'arrêté litigieux, pour signer, notamment, les décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas démontré qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen sérieux de sa situation.
M. F n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédée d'un tel examen.
5. En quatrième lieu, le requérant fait valoir que l'ensemble des décisions en litige ont été prises en violation de son droit d'être entendu, qui aurait été mis en œuvre de manière déloyale par l'autorité administrative, du principe du contradictoire et des droits de la défense.
Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de ces décisions, en particulier lors de son audition
le 1er juillet 2024 par un agent de police judiciaire au sein du commissariat de Saint-Ouen, au cours de laquelle il a notamment pu évoquer les circonstances et la date de son arrivée en France, l'ancienneté de sa présence sur le territoire national, ou encore sa situation professionnelle et son absence d'attaches familiales en France. Il ne se prévaut d'ailleurs pas, à l'appui de sa requête, d'autres éléments que ceux dont il a fait état au cours de cet entretien et qui, pour ce qui concerne la date alléguée de son entrée sur le territoire national et son absence d'attaches familiales en France, ont été repris par le préfet dans l'arrêté en litige. Par suite, les moyens soulevés doivent être écartés.
6. En cinquième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et qu'il serait entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier la portée et le bien-fondé de ces différents moyens qui ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".
8. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé dans la décision portant obligation de quitter le territoire que le comportement de M. F représentait une menace pour l'ordre public au motif qu'il a été interpellé pour des faits de recel provenant d'un vol. Toutefois, la circonstance que le comportement de M. F constitue une menace pour l'ordre public ne constitue pas l'unique motif de la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui est principalement fondée, en application de l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la circonstance que l'intéressé s'est maintenu en France sans être titulaire d'un titre de séjour. Ce motif n'est pas contesté par le requérant. Par suite, à supposer même que le préfet de la
Seine-Saint-Denis ait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que les faits précités démontraient l'existence d'une menace à l'ordre public, il aurait pu légalement se fonder sur le seul motif tiré du maintien de l'intéressé sur le territoire français sans titre de séjour pour prendre l'arrêté attaqué.
9. En septième lieu, " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
10. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé dans la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire au requérant que le comportement de M. F représentait une menace pour l'ordre public pour les mêmes faits que ceux cités au point 8 du présent jugement. Toutefois, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur la circonstance qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Ce motif n'est pas contesté par le requérant. Par suite et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce motif.
11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. Contrairement à ce que prétend M. F, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré d'un défaut d'examen préalable de la situation de
M. F au regard desdits critères doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée, en toutes ses conclusions
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
Le magistrat désigné,
J. D
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.