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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418556

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418556

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418556
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Tran, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à la ville de Paris de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique, et de prendre en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, ou à lui verser directement en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il dispose de la capacité pour agir en justice quand bien même il est un mineur non émancipé ;

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il se trouve dans une situation d'extrême précarité, dort à la rue et se nourrit grâce à des associations mais de façon aléatoire ;

- l'appréciation portée par la Ville de Paris sur son absence de qualité de mineur isolé est manifestement erronée au regard notamment des documents d'état civil et de la carte d'identité consulaire qu'il produit, et la carence de l'administration dans l'accomplissement de sa mission définie à l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale au droit de ne pas être soumis à des traitement inhumains et dégradants, à l'exigence de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant et au principe de la dignité humaine compte tenu du risque immédiat de mise en danger de sa santé et de sa sécurité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, la ville de Paris, représentée par la SELAS Seban et associés, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- l'arrêté du 20 novembre 2019 pris en application de l'article R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles relatif aux modalités de l'évaluation des personnes se présentant comme mineures et privées temporairement ou définitivement de la protection de leur famille ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Le Roux en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Poulain, greffière :

- le rapport de Mme Le Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Tran, avocate de M. A et les observations de Me Mezine, représentant la ville de Paris.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 10 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui allègue être un ressortissant guinéen âgé de dix-sept ans car né le 5 janvier 2007, s'est présenté à l'accueil pour mineurs non accompagnés de Paris le 16 février 2024 pour bénéficier d'une évaluation de sa minorité et de son isolement. Il a été reçu le 19 février 2024 pour un entretien d'évaluation à l'issue duquel sa minorité n'a pas été admise et la Ville de Paris, par une décision du 20 février 2024, a refusé de le prendre en charge. M. A a alors saisi le 23 février 2024 le juge des enfants du tribunal judiciaire de Paris afin de constater la situation de danger au sens de l'article 375 du code civil dans laquelle il se trouve et d'ordonner, dans l'attente d'une audience, son placement immédiat à l'aide sociale à l'enfance de Paris en application de l'article 375-5 du code civil. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la Ville de Paris de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique, et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de vingt-quatre heures jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il résulte de l'instruction que la présente saisine intervient plus de quatre mois après la fin de la mise à l'abri de M. A. Aucune explication probante n'est donnée sur ce délai de plusieurs mois alors qu'il est constant qu'un accompagnement par les associations et travailleurs sociaux a été proposé lors de la fin de la prise en charge provisoire si ce n'est la nécessité de réunir les pièces permettant d'attester de la minorité de M. A auprès de sa famille restée en Guinée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant se trouverait, à la date de la présente ordonnance, dans une situation de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions et en l'absence d'élément permettant de comprendre précisément les conditions de vie et le parcours de l'intéressé depuis la fin de sa mise à l'abri, le 20 février 2024, la condition de particulière urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut être tenue pour remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que les conclusions de la requête aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la Ville de Paris.

Fait à Paris, le 10 juillet 2024.

La juge des référés,

M.-O. Le Roux

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, du travail et des solidarités et au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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