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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418577

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418577

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418577
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juillet et 9 et 28 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Kanza, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, d'une part, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail et, d'autre part, d'effacer sans délai son signalement aux fins de non-réadmission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de l'Etat à verser à son conseil, ou à défaut à lui-même en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour est entachée d'incompétence, est insuffisamment motivée, est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit, d'erreur de qualification juridique et d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée des mêmes vices et devra être annulée par voie de conséquence ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays d'éloignement est entachée des mêmes vices et devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ; il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de mise en œuvre de la décision d'éloignement ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence, insuffisamment motivée, illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, entachée d'erreur d'appréciation et de disproportion s'agissant de sa durée, elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les directives communautaires applicables, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. C n'établit pas avoir formé une demande d'aide juridictionnelle. Ses conclusions tendant à se voir reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement d'ailleurs à ce qu'a retenu la commission du titre de séjour dans son avis, M. C a été condamné à seulement deux reprises, la première fois en 2016 à 500 euros d'amende pour " rébellion " et la seconde en 2021 à 3 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis en 2019 de violence avec incapacité n'excédant pas deux jours, aggravée par les circonstances qu'elle a été commise par concubin et avec usage ou menace d'une arme. Les faits de violence sur conjoint sont ainsi isolés, n'ont pas été réitérés depuis 2019 et n'ont donné lieu qu'à une condamnation légère au regard de la qualification retenue. Si le préfet de police a également retenu que M. C était " défavorablement connu des services de police ", il ne l'établit pas et ne fait valoir aucune autre circonstance. Dans ces conditions, en fondant son refus de renouveler le titre de séjour de M. C ou de lui délivrer une carte de résident sur le seul motif que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de police a commis une erreur d'appréciation. Pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, cette décision doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du 21 juin 2024 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Les pièces produites par M. C n'établissent pas qu'il remplirait les conditions pour voir renouveler son titre de séjour, ou se voir délivrer une carte de résident. Dès lors, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Par ailleurs, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent, sans délai, de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat, à verser à M. C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 21 juin 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que, sans délai, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Kanza et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Gaël Raimbault, premier conseiller,

Mme Paule Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. BLa présidente,

A. SeulinLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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