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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418661

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418661

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418661
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, M. C A, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de

24 mois.

M. A doit être regardé comme soutenant que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente,

- elle est insuffisamment motivée,

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 17 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Diop, avocat commis d'office représentant M. A, qui fait valoir un moyen nouveau tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu que tient l'intéressé des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- les observations de M. A, assisté d'un interprète en arabe,

- et observations de Me Schwilden pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en l'absence de moyen fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain né le 5 janvier 1996 à Riyad, a fait l'objet le 6 juin 2024 de décisions du préfet de police l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois. Il est constant qu'il n'a pas contesté cet arrêté ni ne l'a exécuté. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de police, sur le fondement des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B, signataire de l'arrêté attaqué et adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés le 8 juillet 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant interdiction de retourner sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une atteinte au droit d'être entendu n'est toutefois susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, M. A a été entendu par les forces de l'ordre le 6 juillet 2024, antérieurement à l'intervention de l'arrêté qu'il conteste. S'il n'a certes pas été expressément interrogé sur la possibilité qu'il fasse l'objet d'une nouvelle interdiction de retourner sur le territoire français, il a pu apporter toutes les précisions utiles sur l'ensemble des critères qui devaient être pris en compte par l'autorité administrative préalablement à l'édiction d'une telle décision, dès lors qu'il a été explicitement interrogé sur la durée de sa présence en France et son caractère régulier, la nature de ses liens familiaux sur le territoire national et la commission de faits passibles de constituer une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, il n'a pas été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision qu'il conteste et le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Son article L. 612-10 dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

7. En l'espèce, ainsi qu'il lui était loisible concernant l'abrogation d'un acte non réglementaire non créateur de droits, le préfet de police n'a pas prolongé l'interdiction antérieure dont faisait l'objet M. A en vertu d'un arrêté du 6 juin 2024 mais a édicté le 8 juillet 2024, sur le fondement des dispositions précitées, une nouvelle interdiction initiale, qui a ainsi nécessairement abrogé les interdictions antérieures auxquelles elle s'est substituée.

8. En ce qui concerne l'application combinées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que M. A n'était présent sur le territoire national que depuis environ un mois à la date de la décision attaquée. Il est dépourvu de tout lien avec la France, étant notamment célibataire et sans enfant. Il a également fait l'objet le 6 juin 2024 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai qu'il n'a pas volontairement exécutée. Enfin, pendant son court séjour sur le territoire national, il a été signalé pour des faits de vol le 25 juin 2024, de recel le 4 juillet 2024 et d'exhibition sexuelle le

7 juillet 2024, ainsi que pour s'être introduit irrégulièrement sur la piste d'un aéroport le 19 juin 2024. Il n'a pas contesté la matérialité des faits commis les 19 juin, 25 juin et 4 juillet 2024 ni en être l'auteur. S'il conteste s'être livré à des faits d'exhibition sexuelle le 7 juillet 2024, cette circonstance ressort pourtant bien des pièces du dossier, notamment de son procès-verbal d'audition par les forces de l'ordre qui fait état de témoignages précis et concordants alors que les dénégations de l'intéressé sont parfaitement contradictoires. Dans ces conditions, compte tenu de la réitération de faits répréhensibles sur un laps de temps de seulement un mois, le préfet de police était fondé à considérer que la présence en France de M. A était constitutive d'une menace à l'ordre public. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, le préfet de police a pu, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fixer à 24 mois la durée de l'interdiction faite à M. A de retourner sur le territoire français. Eu égard auxdites circonstances, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

V. D

Le greffier,

R. DRAILa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418661/8

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