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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418676

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418676

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418676
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, M. A B, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente,

- elle est insuffisamment motivée,

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des circonstances humanitaires mentionnées à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de police a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 17 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Diop, avocat commis d'office représentant M. B,

- les observations de M. B, assisté d'un interprète en arabe,

- et les observations de Me Schwilden pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en l'absence de moyen fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant égyptien né le 1er mars 2000 à Sharkiya, a fait l'objet le 31 mai 2024 d'un arrêté du préfet de l'Essonne l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination qui lui a été notifié le jour même. Il a fait l'objet le 22 juin 2024 d'un arrêté du préfet de police lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois, qui a été annulé par le magistrat désigné du présent tribunal par un jugement n° 2416844 du 6 juillet 2024. Par un nouvel arrêté du 8 juillet 2024, le préfet de police lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de 12 mois. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à

Mme D, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour interdire à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation retenue par le préfet de police dans son arrêté du 8 juillet 2024, qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B préalablement à l'édiction de la décision d'interdiction de retour en litige.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Son article L. 612-10 dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

6. A la date du 8 juillet 2024, M. B, qui avait fait l'objet le 31 mai 2024 d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours qui lui avait été notifié le même jour et qui s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire national, relevait des dispositions de l'article L. 612-7 précité et non de celles de l'article L. 612-6. Le moyen tiré par le requérant d'une méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est ainsi inopérant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. B fait lui-même valoir n'être présent en France que depuis juillet 2023, soit un an à la date de la décision attaquée. Il se déclare célibataire et sans enfant à charge. Ainsi qu'il a été dit, il n'a pas exécuté volontairement la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 31 mai 2024. Enfin, quand bien même il conteste ces faits, il ressort clairement des pièces du dossier, notamment de son audition par les forces de l'ordre au cours de laquelle il a été confronté à des images de vidéosurveillance et n'a pu apporter d'explication satisfaisante, ainsi que d'un rapport d'interpellation particulièrement détaillé établi par la direction de la sûreté de la SNCF, que M. B a bien commis le 20 juin 2024 des faits particulièrement répréhensibles susceptibles d'être qualifiés pénalement d'agression sexuelle. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à seulement 12 mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui était infligée sur le fondement des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'à la date de la décision attaquée, ces mêmes dispositions permettaient à l'administration de lui infliger une durée d'interdiction maximale de

cinq ans. Pour ces mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation soit de ses conséquences sur sa situation personnelle soit d'éventuelles circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-7 précité.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, celles qu'il a présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet de police.

Lu en audience publique le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

V. C

Le greffier,

R. DRAILa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418676/8

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