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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418728

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418728

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418728
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Djemaoun, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de police du 24 juin 2024, en tant qu'il refuse le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer à titre provisoire un titre de séjour portant la mention " salarié temporaire " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de 5 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est présumée en cas de décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de faits ;

- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de police ne produit aucun élément de nature à démontrer que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public et que sa condamnation en mai 2021 ne permet de caractériser une telle menace ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de police, représenté par M. C, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il fait valoir que :

- que la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2418722 par laquelle M. A demande notamment l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gandolfi pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, M. Gandolfi a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me de Seze, substituant Me Djemaoun, pour M. A, qui reprend et développe les moyens de la requête ;

- et les observations de Me Floret, pour le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 12 juillet 2024 à 16h35.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 20 octobre 1997, est entré en France, selon ses dires, le 9 octobre 2015. Le 28 avril 2022, le préfet de police lui a délivré un titre de séjour portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 27 avril 2023, dont il a demandé le renouvellement le 9 mai 2023. Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné, lui a interdit tout retour en France pendant une durée de cinq ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté, en tant qu'il rejette sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

4. En l'espèce, la décision attaquée portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, notifiée au requérant le 8 juillet 2024, place celui-ci en situation irrégulière. La seule circonstance que, ainsi que le relève le préfet de police en défense, le contrat de travail du requérant est toujours en cours et qu'aucune décision de suspension n'a été prise par son employeur ne suffit pas à renverser la présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

5. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 432-1-1 du même code : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / () / 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; / () ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. A a été condamné le 11 mai 2021 par le président du tribunal judiciaire de Paris à 550 euros d'amende pour des faits d'usage de faux documents administratifs constatant une identité ou une qualité ou accordant une autorisation.

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police, quant à la menace pour l'ordre public que la présence en France de M. A constitue au regard de la nature des faits pour lesquels il a été condamné et de leur caractère relativement ancien, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Si le préfet de police relève également dans son arrêté que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits d'usage de faux documents administratifs constatant une identité ou une qualité ou accordant une autorisation commis le 18 janvier 2021 et pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et participation avec arme à un attroupement commis le 19 février 2021, il ne donne aucune précision et n'établit ni ne fait valoir qu'ils auraient donné lieu à une condamnation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

10. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation administrative de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, dans l'attente du jugement à intervenir au fond, d'un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette même ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente du jugement à intervenir au fond, un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette même ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

G. Gandolfi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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