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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418811

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418811

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418811
TypeDécision
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de résident et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à titre très subsidiaire, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que la décision attaquée le prive de la possibilité d'exercer les droits qu'il tire de la reconnaissance de sa qualité de réfugié ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci méconnaît les articles L. 314-11, L. 561-1, L. 424-1, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile; la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et celles des articles 23 et 24 de la convention de Genève, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête et subsidiairement au non-lieu à statuer.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie, et qu'en tout état de cause, M. A a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 11 juillet 2024 au 10 janvier 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le dossier de la requête au fond enregistrée le 10 juillet 2024 sous le n° 2418810 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Errera pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Errera a lu son rapport au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 juillet 2024, en présence de Mme Trieste, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été fixée, à l'issue de l'audience, au mardi 16 juillet 2024 à 11h.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA en date du 25 octobre 2022. Il a demandé, au mois de janvier 2023, la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. À la suite de cette démarche, il s'est vu remettre, à intervalles réguliers, des attestations de prolongation d'instruction de cette demande de titre de séjour, renouvelées jusqu'au 17 juin 2024. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, dans le cadre de l'instruction toujours en cours de sa demande de titre de séjour, a été mis en possession, via son compte ANEF, d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 11 juillet 2024 au 10 janvier 2025, dont il a été destinataire via le même compte. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français et d'y travailler, conformément aux dispositions de l'article R. 431-15-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme étant remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et de remboursement des frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me de Seze et au préfet de police.

Fait à Paris le 19 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. ERRERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418811/

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