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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418815

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418815

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418815
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 4, 10 et 26 juillet 2024, M. D, représenté par Me Li, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour a été signée par une autorité incompétente, elle est aussi insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 759-5 du code de l'éducation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors qu'il démontre le sérieux et la progression dans son parcours scolaire, elle est aussi entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité des décisions qui les fondent, elles ont aussi été signées par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Li, avocat de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant chinois né le 10 janvier 1995 et entré en France le 18 octobre 2017 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 juin 2024, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A B, placé sous l'autorité de la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le refus de titre de séjour vise les dispositions des articles L. 611-1 3° et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les circonstances de fait tirées des différentes années d'étude de M. D sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi. D'autre part, aux termes de l'article L. 759-5 du code de l'éducation : " Les établissements relevant de l'initiative et de la responsabilité des collectivités territoriales, qui assurent une préparation à l'entrée dans les établissements d'enseignement supérieur de la création artistique dans les domaines du spectacle vivant et des arts plastiques, peuvent être agréés par l'Etat s'ils satisfont à des conditions d'organisation pédagogique définies par décret. Les élèves inscrits dans les établissements agréés du domaine des arts plastiques bénéficient des aides aux étudiants, des œuvres universitaires, de la santé et de la protection sociale des étudiants prévues aux articles L. 821-1 à L. 832-2. Les élèves des classes d'enseignement préparant à l'entrée dans les établissements d'enseignement supérieur de la création artistique agréés par l'Etat dans le domaine du spectacle vivant, bénéficient des aides aux étudiants, des œuvres universitaires, de la santé et de la protection sociale des étudiants prévues aux mêmes articles L. 821-1 à L. 832-2 dès lors qu'ils sont titulaires d'un baccalauréat ou d'une équivalence. Les élèves inscrits qui ne sont pas titulaires d'un baccalauréat ou d'une équivalence peuvent bénéficier d'aides individuelles contingentées ".

5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. D, le préfet de police s'est fondé sur le motif que la poursuite de sa formation au sein du conservatoire municipal de ne lui conférait pas le statut d'étudiant alors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 759-5 du code de l'éducation que la formation dispensée par le conservatoire municipal " Claude Debussy " confère à l'intéressé le statut d'étudiant. Toutefois, le préfet de police s'est également fondé sur l'absence de sérieux et de progression dans les études suivies par l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est inscrit à partir de l'année 2017 à l'institut supérieure des Arts, qu'il a ensuite validé une première année au cours Florent, spécialité musique, au titre de l'année 2018-2019, qu'il n'a pas validé la deuxième année dans le même établissement au titre de l'année 2019-2020, qu'il a ensuite validé les première et deuxième années de formation au centre d'informations musicales, spécialité guitare et basse, au titre des années 2020/2021 et 2021/2022, que le centre d'informations musicales a fermé provisoirement au titre de l'année 2022-2023, qu'il s'est inscrit au conservatoire municipal " Nadia et Lili Boulanger " situé dans le 9ème arrondissement de Paris en spécialité guitare et jazz au titre de l'année 2022/2023, puis s'est inscrit au conservatoire " Claude Debussy " situé dans le 17ème arrondissement de Paris au titre de l'année 2023/2024 comme en atteste le bulletin d'évaluations dudit conservatoire. Ainsi, M. D n'a validé que trois années d'études en sept ans et un changement d'orientation. Si l'intéressé fait valoir que ses années d'études ont été perturbées par la crise de la COVID-19 et la fermeture du centre d'informations musicales, ces circonstances, outre qu'elles ne sont pas justifiées par des pièces pertinentes, ne sont pas de nature à démontrer que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en constatant le défaut de progression suffisante de l'intéressé au terme de sept années d'études et l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies. Il suit de là que le préfet de police aurait pris la même décision même s'il ne s'était pas mépris sur la qualité conférée par une inscription au conservatoire municipal. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de police a procédé à l'examen particulier de la situation de M. D et qu'il n'a pas commis d'erreur de fait en tenant compte des bulletins de notes et des appréciations de ses professeurs. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen particulier commis par le préfet doivent être écartés.

7. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité et que, par suite, M. D ne peut exciper de son illégalité pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni exciper, par voie de conséquence, de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 5 juin 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. des frais d'instance doivent également être rejet.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Gaël Raimbault, premier conseiller,

Mme Paule Desmoulières, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A. C

L'assesseur le plus ancien,

G. RaimbaultLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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