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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418879

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418879

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418879
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024 sous le n° 2418879, M. B A, représenté par Me Fabien Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite intervenue le 17 août 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, durant le temps nécessaire à ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de police a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 10 septembre 2024.

Par une ordonnance du 21 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2024.

II°) Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2024 sous le n° 2429818, M. B A, représenté par Me Fabien Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, durant le temps nécessaire à ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation, le préfet ayant omis de prendre en compte ses nouvelles qualifications depuis mai 2023 ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, le préfet s'étant fondé sur la circonstance qu'il occupait un poste de pizzaiolo alors qu'il occupe depuis le 1er mai 2023 un poste de chef de cuisine lequel supervise le travail du pizzaiolo avec une rémunération différente ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, le préfet de police, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- à le supposer fondé, le moyen tiré de l'erreur matérielle sur l'emploi exercé est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour.

Par une ordonnance du 5 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 janvier 2025.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 7 février 2025 le rapport de M. Medjahed, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 8 septembre 1994 au Sri Lanka, de nationalité srilankaise, déclare être entré en France le 22 janvier 2018. Il a déposé, 12 avril 2018, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 juin 2018 confirmée par une décision du 21 juin 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Il a ensuite déposé, le 17 avril 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Conformément à l'article R. 432-2 de ce code, une décision implicite de rejet est née le 17 août 2023 du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de police sur cette demande. Par un arrêté du 29 juillet 2024, le préfet de police a ensuite refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Dans l'instance n° 2418879, M. A demande l'annulation de la décision implicite du 17 août 2023. Dans l'instance n° 2429818, il demande l'annulation des décisions du 29 juillet 2024.

2. Les présentes requêtes sont relatives à la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à la demande de son conseil pour la requête n° 2418879 et d'office pour la requête n° 2429818.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions d'annulation doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, laquelle s'est substituée à la première. M. A ayant contesté la décision implicite du rejet de sa demande de titre de séjour née le 17 août 2023 dans le délai de recours puis la décision expresse de rejet du 29 juillet 2024, ses conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre la décision expresse de rejet.

6. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle du requérant. Par suite, elle comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'a pas sérieusement examiné la situation de M. A au regard des pièces jointes à sa demande de titre de séjour. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, si, pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance qu'a été produit, à l'appui de cette demande, un cerfa de demande d'autorisation de travail pour le métier de pizzaiolo en contrat à durée indéterminée et que le seul fait de disposer d'un tel document ne constitue pas un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette mention est erronée. A supposer même que le préfet ait commis une erreur de fait en mentionnant dans sa décision l'activité de pizzaiolo et non celle de chef de cuisine que le requérant exerce depuis le 1er mai 2023, cette erreur est sans incidence, en l'espèce, sur les conditions d'admission exceptionnelle au séjour du requérant. Par suite, celui-ci n'est pas fondé à se prévaloir de cette erreur de fait. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () "

10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

11. S'il ressort des pièces du dossier que M. A justifie résider habituellement sur le territoire français au moins depuis le 23 mars 2018, soit plus de six ans et quatre mois à la date de la décision attaquée, y travailler dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à plein temps en qualité de commis de cuisine à compter du 1er janvier 2019 puis de pizzaiolo à compter du 1er octobre 2019 et enfin en qualité de chef de cuisine depuis le 1er mai 2023, soit plus de cinq ans et sept mois à la date de la décision attaquée et avoir obtenu un diplôme d'études en langue française de niveau A2 en décembre 2023 et de niveau A1 en janvier 2024, ces circonstances ne caractérisent pas, à elles seules, l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le requérant n'établit pas les liens personnels allégués sur le territoire français. Enfin, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-dessus, M. A ne justifie pas d'une vie privée et familiale suffisante sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de chacune de ses requêtes.

Article 2 : Le surplus de la requête n° 2418879 et la requête n° 2429818 sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Goeau-Brissonière et au préfet de police.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

N. MEDJAHED

La présidente,

Signé

S. AUBERT

La greffière,

Signé

A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2418879 - 2429818

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