mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418925 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BERBAGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Berbagui, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 du préfet de police rejetant sa demande de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
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Le requérant soutient que :
- L'arrêté a été pris par un auteur incompétent ;
- Il est insuffisamment motivé faute notamment de viser l'accord franco-tunisien, l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Il aurait dû examiner sa situation au regard de ces dispositions et stipulations et de l'opportunité à le régulariser ;
- L'arrêté a été pris sans examen préalable de sa situation administrative notamment au regard des fondements précités ;
- Il méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- Il méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il justifie d'une circonstance humanitaire tenant à la grande précarité de la situation qui serait la sienne s'il retournait en Tunisie ;
- La mesure d'éloignement n'est pas motivée en fait ;
- Elle n'est pas fondée compte tenu de l'ancienneté et de la nature des condamnations sur lesquelles elle se fonde ;
- La mesure d'éloignement ne pouvait être prise au seul motif de son entrée irrégulière en France ;
- L'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- Elle est entachée d'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- Elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien, les articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Elle ne pouvait être prononcée de manière automatique, en l'absence de menace actuelle à l'ordre public ;
- La décision fixant le pays de renvoi n'est motivée ni en droit, ni en fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 septembre 2024.
Des pièces complémentaires ont été présentées pour M. A le 28 septembre 2024, après la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossholz,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 25 mars 1980 à Sousse, ressortissant tunisien, a demandé son admission au séjour en qualité de " parent d'enfant français " et motif pris de sa " vie privée et familiale ". Par arrêté du 26 juin 2024, le préfet de police lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur ce dernier pendant cinq ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par arrêté n°2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B, auteur des décisions en litige, pour signer notamment les décisions de cette nature, en cas d'empêchements d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'aient pas été empêchées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué expose avec suffisamment de précision les considérations, en vertu desquelles il a été édicté, de droit, dont l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il vise, et de fait, y compris s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français ou encore de l'interdiction de retour sur le territoire français, par référence au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire motif pris de la menace pour l'ordre public résultant du comportement de l'intéressé. S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette stipulation en cas de retour en Tunisie. Il n'était pas tenu de mentionner l'accord franco-tunisien susvisé ni l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les fondements desquels le requérant n'a pas formé sa demande d'admission au séjour. Il est donc suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué aurait été édicté sans examen préalable de la situation de l'intéressé, tandis que cet examen n'avait pas à être effectué au regard de l'accord franco-tunisien, ni de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour le motif mentionné au point précédent, tandis qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté qu'il l'a été, en revanche, au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En quatrième lieu, pour le motif exposé au point 3, M. A ne saurait utilement invoquer l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné notamment par le tribunal correctionnel de Paris, le 15 juin 2009, pour " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours " le 23 mai 2009, le 31 octobre 2012, pour " violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours " le 17 novembre 2011 et le 18 février 2013, pour " menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique " le 22 janvier 2013. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant est connu des services de police pour des faits de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " le 31 janvier 2024, qu'il ne conteste pas. Il en résulte que nonobstant la présence en France, qu'il invoque, de son enfant français né en 2005, au demeurant majeur à la date de l'arrêté attaqué, et de sa compagne à laquelle il soutient fournir une assistance compte tenu de l'état de santé de cette dernière, le préfet de police a pu édicter l'arrêté attaqué sans porter d'atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
8. Aux termes de l'article L.611-1 du : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
9. Contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions précitées, que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise au seul motif de son entrée irrégulière en France.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée sur un refus de titre de séjour illégal.
11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier que cette décision n'a pas été prononcée de manière automatique mais au contraire au terme d'un examen circonstancié de sa situation et notamment d'une menace à l'ordre public résultant de son comportement qui, contrairement à ce que le requérant soutient, est suffisamment caractérisée et actuelle.
12. En troisième et dernier lieu, M. A ne saurait en tout état de cause utilement invoquer, à l'encontre de cette décision, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'accord franco-algérien, pour le motif exposé au point 3. Il n'est par ailleurs pas fondé, pour les motifs exposés au point 7, à invoquer une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, ses moyens tirés des articles 3 et 5 de cette même convention ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
Le président,
J.-C. TRUILHELa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026