jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418947 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024 sous le n° 2418947, M. D B, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de police a fixé son pays de destination en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de
l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente,
- elle est insuffisamment motivée,
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Le préfet de police a produit des pièces qui ont été enregistrées le 17 juillet 2024.
II. Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024 sous le n° 2418961, M. D B, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police a fixé son pays de destination en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de
l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée,
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Le préfet de police a produit des pièces qui ont été enregistrées le 17 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré d'un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2024 en application de la jurisprudence du Conseil d'Etat du 5 mai 2017 n° 391925, M. A, dès lors qu'il envisageait de joindre les deux requêtes n° 2418947 et 2418961 et qu'un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la première requête devrait être prononcé en cas de rejet des conclusions à fin d'annulation présentées dans la seconde,
- les observations de Me Diop, avocat commis d'office représentant M. B,
- les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue arabe,
- et les observations de Me Schwilden pour le préfet de police, qui conclut au rejet des requêtes au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant algérien né le 16 juin 1995 à Alger, a fait l'objet le
18 novembre 2020 d'une interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée par le tribunal correctionnel de Versailles. Le préfet de police a, en exécution de cette interdiction, fixé le pays à destination duquel il doit être reconduit par un premier arrêté en date du 10 juillet 2024 dont il est demandé l'annulation par la requête enregistrée sous le n°2418947.
2. Par un arrêté pris 11 juillet 2024, le préfet de police a de nouveau fixé le pays à destination duquel doit être reconduit M. B et a ainsi entendu retirer son arrêté de la veille ayant le même objet. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2024 par la requête enregistrée sous le n° 2418961.
Sur la jonction :
3. D'une part, les requêtes enregistrées sous les nos 2418947 et 2418961 présentent à juger des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
4. D'autre part, le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement.
5. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
Sur l'arrêté du 11 juillet 2024 :
6. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. /() ". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
7. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En l'espèce, M. B avait fait part au préfet de police d'éléments de nature à caractériser l'impossibilité pour l'autorité administrative de fixer l'Algérie comme pays à destination duquel il pourrait être éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français dont il faisait l'objet. En effet, d'une part, il a indiqué lors de son audition par les forces de l'ordre le 9 juillet 2024 qu'il souffrait de problèmes de santé graves, étant notamment atteint du VIH, et qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie, ce qui était susceptible, le cas échéant, de caractériser une exposition de l'intéressé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, il a répondu par écrit le 10 juillet 2024 à une demande d'observations préalables qui lui avait été transmise par le préfet de police, en faisant état des risques pour sa vie auxquels il pensait être exposé en cas de retour en Algérie. Dans ces conditions, alors que l'arrêté contesté ne comporte aucune motivation en fait autre que la mention de l'interdiction judiciaire du territoire dont il faisait l'objet et l'indication " vu les observations de M. B D formulées le 10/7/2024 ", le requérant est fondé à soutenir qu'il est insuffisamment motivé.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête n° 2418961, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2024.
Sur l'arrêté du 10 juillet 2024 :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 5, que l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2024 rétablit dans l'ordonnancement juridique l'arrêté du 10 juillet 2024 et qu'il convient donc de statuer sur les conclusions présentées par M. B et tendant à l'annulation de ce dernier.
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été notifié à M. B le 10 juillet 2024 à 16h50, soit concomitamment à la transmission à l'intéressé d'un courrier l'informant qu'il était susceptible de faire l'objet d'un arrêté fixant l'Algérie comme pays de destination et sollicitant ses observations. De plus, l'arrêté du 10 juillet 2024 n'évoque en rien les problèmes de santé qui avaient été pourtant signalés le 9 juillet précédent et il ne ressort pas des éléments produits en défense que le préfet de police les aurait examinés et aurait ainsi déterminé si un éloignement de M. B vers l'Algérie pouvait ou non caractériser une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte que l'arrêté du 10 juillet 2024 est entaché d'un défaut d'examen particulier et préalable de la situation personnelle de M. B.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête n° 2418947, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2024.
Sur les frais des instances :
13. M. B, qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion des présentes instances. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de police a fixé le pays de destination de M. B en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police a fixé le pays de destination de M. B en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police
Lu en audience publique le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
V. C
Le greffier,
R. DRAILa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2418947-2418961/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026