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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418955

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418955

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418955
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. B A, retenu en zone d'attente de l'aéroport Paris Charles de Gaulle, représenté par Me Paëz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre un terme à son placement en zone d'attente et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- la règle de confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile n'a pas été respectée ;

- l'arrêté en litige est entaché d'erreur de droit, dès lors que l'examen du ministre a dépassé celui du caractère manifestement infondé de sa demande ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Lamer, avocat commis d'office, représentant M. A, qui reprend et précise les moyens de la requête. Me Lamer fait en particulier valoir que le requérant a pris parti pour sa mère lorsque celle-ci, après le décès de son mari, a refusé d'épouser le frère de ce dernier, et qu'il a, à partir de ce moment, subi la colère de celui-ci, par ailleurs militaire,

- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue soussou, qui indique que son oncle est devenu violent à son encontre après le départ de sa mère et le refus de celle-ci de l'épouser, et qu'il voulait le chasser pour pouvoir hériter des biens de son père décédé,

- et les observations de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui fait valoir que les éléments développés par le requérant ne sont pas circonstanciés, celui-ci n'expliquant notamment pas pourquoi il n'a sollicité aucune aide sur place et évoquant pour la première fois à l'audience la question de l'héritage de son père.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, né le 14 août 2004, est arrivé sur le territoire français le 8 juillet 2024 et a introduit le même jour une demande d'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides relatifs à la personne sollicitant la qualité de réfugié constitue à la fois une garantie essentielle du droit constitutionnel d'asile et une exigence découlant de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, la seule circonstance, à la supposer établie, que l'arrêté en litige n'ait pas été remis à M. A sous pli confidentiel n'est pas de nature à porter atteinte par elle-même au principe de confidentialité. Le moyen soulevé doit donc être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente () le temps strictement nécessaire pour vérifier : () / 3° () si sa demande n'est pas manifestement infondée. " Aux termes de l'article L. 352-1 du même code : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. " Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. "

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 351-1 et L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande d'asile introduite par un étranger se présentant aux frontières du territoire national peut être rejetée lorsque ses déclarations et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre du 2° du A de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés. En l'espèce, M. A soutient qu'il a quitté son pays d'origine pour échapper à son oncle, militaire, qui a souhaité prendre sa mère pour seconde épouse et s'est montré violent envers lui, en particulier après le refus puis le départ de celle-ci en 2018. Ayant d'abord quitté Conakry pour Siguiri en 2022, il allègue s'être ensuite rendu au Mali puis au Togo, où il aurait vécu jusqu'en mai 2024 avant d'être pris à partie par un ami de son oncle croisé au marché de Lomé et de décider de rejoindre la France. Les déclarations de l'intéressé sont toutefois très peu circonstanciées, en particulier concernant la nature et les motifs des violences qu'il aurait subies de la part de son oncle, la nature des relations qu'il aurait eues avec celui-ci, en particulier entre 2018 et 2022 après que sa mère a quitté la Guinée, les circonstances de sa rencontre avec l'un des amis de son oncle à Lomé en 2024, ou encore les risques actuels et personnels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, compte tenu notamment du pouvoir de nuisance allégué de son oncle, dont il se borne à indiquer qu'il est militaire et soutient pour la première fois à l'audience qu'il souhaitait s'approprier les biens de son père décédé. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en estimant que sa demande d'asile était dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves exprimé en cas de retour en Guinée et en en déduisant le caractère manifestement infondé de cette demande, le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait commis une erreur de droit ou fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 351-1 et L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. D'autre part, si M. A fait valoir qu'en ne prévoyant pas un recours de plein droit suspensif contre l'arrêté en litige, les dispositions applicables méconnaissent les stipulations précitées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige et ne peut qu'être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il résulte des dispositions des articles L. 352-4 et L. 352-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le recours exercé par le requérant contre l'arrêté lui refusant l'admission sur le territoire au titre de l'asile présente bien un caractère suspensif, cet arrêté ne pouvant être exécuté avant que le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin ait statué.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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