mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2419014 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. A, représenté par Me David, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution du refus implicite de renouvellement de son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement une attestation de prolongation d'instruction dans un délai d'une semaine à compter de la même date et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat 2 400 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour et compte tenu du risque de perdre sa pension de retraite et les droits liés à la régularité de son séjour ;
- la seconde décision de classement sans suite, en date du 20 février 2024, de sa demande est entachée d'incompétence car elle comporte la simple mention du nom de Mme C sur un mail et il n'est pas établi que cette dernière disposait d'une délégation régulièrement publiée ;
- cette seconde décision de classement sans suite de sa demande est insuffisamment motivée ;
- le refus de renouvellement de son titre de séjour est entaché de défaut d'examen de sa situation ;
- il méconnaît les articles L.433-7 et L.426-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le dossier de demande de l'intéressé était incomplet dès lors qu'il n'a pas transmis l'autorisation de travail qui lui a été demandée par mail du 16 juin 2023, or le classement sans suite d'une demande pour incomplétude du dossier, lorsque celle-ci est avérée, ne constitue pas une décision faisant grief et ne peut donc pas être déférée au juge ;
- les mails des 8 février 2023 et 16 mai 2024 de l'intéressé ne peuvent être regardés comme une demande en bonne et due forme d'admission exceptionnelle au séjour ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie en l'espèce, le requérant ayant contribué à créer sa situation en s'abstenant de transmettre la pièce qui lui était demandée, d'une part, et ne pouvant plus se prévaloir de la qualité de salarié correspondant au titre de séjour dont il a demandé le renouvellement, de l'autre.
Vu :
- la requête enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n° 2419012 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grossholz pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 17 juillet 2024 en présence de Mme Guillou, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Grossholz, juge des référés ;
- les observations de Me Heisse représentant M. A, qui reprend les moyens de la requête et ajoute, premièrement, que lors de son rendez-vous d'avril 2023 à la préfecture, l'intéressé a fait savoir qu'il était convoqué par la médecine du travail en vue d'une déclaration d'inaptitude, de sorte que lors de la demande du 16 juin 2023 de production d'une autorisation de travail que le préfet soutient, dans son mémoire en défense, avoir adressée à M. A, il était déjà informé de l'inaptitude au travail de ce dernier, de sorte que cette demande de complétude du dossier était sans objet parce que portant sur des éléments inexistants ; deuxièmement, que le préfet ne peut raisonnablement se prévaloir du changement de la situation de l'intéressé, à savoir, de son inaptitude au travail, intervenu au cours de l'instruction de sa demande, qui a été exceptionnellement longue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant du Bangladesh, a demandé au préfet de police de Paris le renouvellement de son titre de séjour " salarié " dont il a été titulaire jusqu'au 29 octobre 2021. Il s'est vu remettre des récépissés à ce titre et une convocation pour le 13 avril 2023. Le 9 janvier 2024, il a été informé par la préfecture de ce que sa demande avait été classée sans suite faute de transmission d'une autorisation de travail. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre le refus implicite de renouvellement de son titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. M. A doit être regardé, eu égard à la nature et aux effets de la mesure de refus de renouvellement de titre de séjour dont il fait l'objet, comme justifiant d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. La circonstance, invoquée par le préfet de police dans son mémoire en défense produit dans le cadre de la présente instance, tirée de ce que l'intéressé aurait perdu la qualité de salarié et partant le droit d'obtenir le renouvellement demandé, qui est relative au bien-fondé de la décision en litige, n'est pas de nature à remettre en cause ce constat. Il en résulte que la condition d'urgence est, en l'espèce, remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
6. M. A soutient, sans être contredit par le préfet de police, notamment dans le mémoire en défense produit par ce dernier dans le cadre de la présente instance, que s'il a initialement demandé, avant son expiration, le 29 octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour "salarié", il a informé la préfecture, lors de l'entretien qui lui a été accordé, près d'un an et demi plus tard, le 13 avril 2023, de ce qu'il était sur le point d'être déclaré inapte au travail. Il soutient encore, sans être davantage contredit, avoir informé la préfecture de cette déclaration d'inaptitude peu après l'intervention de cette dernière, le 21 avril 2023. Ainsi, M. A doit être regardé comme ayant manifesté, dès cet entretien, son intention de demander, dans le cadre d'un changement de statut, son admission au séjour sur un autre fondement, telle que l'admission exceptionnelle au séjour en raison de l'ancienneté de son séjour en France, intention qu'il a d'ailleurs postérieurement confirmée et formalisée par écrit dans un mail du 8 février 2024 qu'il produit à l'appui de sa requête. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, sa demande d'admission au séjour, formulée en 2021, ne pouvait être regardée, plus de deux ans plus tard, le 9 janvier 2024, comme incomplète au seul motif qu'elle ne comportait pas d'autorisation de travail, le préfet étant avisé de l'inexistence d'une telle autorisation et donc de l'impossibilité matérielle dans laquelle se trouvait l'intéressé de la transmettre. Il en résulte qu'en procédant au classement sans suite de sa demande, le préfet de police doit être regardé comme ayant refusé l'admission au séjour de l'intéressé.
7. Pour les mêmes raisons, dans les circonstances très particulières de l'espèce, tenant à ce que l'instruction de la demande a, ainsi qu'il a été dit, duré deux ans et demi, au cours desquels M. A a perdu son aptitude au travail et partant sa qualité de salarié, circonstances dont le préfet était avisé, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux et suffisamment approfondi de la demande, notamment au regard d'autres fondements d'admission au séjour que celui initialement sollicité est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il s'ensuit que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
9. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance a pour conséquence nécessaire que le requérant se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'une décision juridictionnelle de fond soit prononcée sur la requête n° 2419012, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David, son avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à ce dernier.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution du refus de renouvellement du titre de séjour de M. A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à l'intervention d'un jugement sur le recours n° 2419012.
Article 3 : L'Etat versera à Me David la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de police et à Me David.
Fait à Paris, le 24 juillet 2024.
La juge des référés,
C. Grossholz
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.