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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419191

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419191

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419191
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police ordonnait le transfert de M. C, ressortissant bangladais, aux autorités lettones pour l'examen de sa demande d'asile. La juridiction a retenu un vice de procédure, estimant que le droit à l'information du demandeur, prévu à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, avait été méconnu. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2024 et le 26 juillet 2024, M. B D C, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités lettones responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de deux cents euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que son droit à l'information a été méconnu ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a pu bénéficier d'un entretien individuel, conduit par un agent qualifié en vertu du droit national qu'il a été mis en mesure d'identifier ;

- il révèle un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- en n'appliquant ni les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 ni les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation au regard des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, de la convention de Genève sur le statut des réfugiés ainsi que des dispositions de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police,

- M. C n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 juillet 2024, le préfet de police a décidé que M. C, ressortissant bangladais né le 11 octobre 1998, serait transféré aux autorités lettones responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. "

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Droit à l'information : 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent () b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères () c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu remettre, le 5 juin 2024, les brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " (brochure " A ") et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure " B "), dans leur version en langue bengali, qu'il a déclaré comprendre. M. C soutient toutefois ne pas savoir lire le bengali, étant analphabète, et avoir porté cette information à la connaissance des services de la préfecture. A cet égard, il ressort des étiquettes apposées sur la brochure d'information " Eurodac " remise à M. C, qu'il produit dans le cadre de l'instance, que celle-ci ne lui a pas été remise en bengali, faute de disponibilité dans cette langue, qu'il a déclaré, outre ne parler que le bengali, ne pas savoir lire, sans que cette mention soit limitée à la langue dans laquelle la brochure d'information " Eurodac " lui a été transmise, et que les informations contenues dans cette brochure ont été portées oralement à sa connaissance par un interprète, l'intéressé remplissant les deux critères alternatifs justifiant une telle communication orale. Si le préfet de police, qui ne conteste pas la pièce produite par le requérant, soutient que les informations relatives aux objectifs du règlement (UE) n° 604/2013 et aux critères hiérarchiques de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ont été communiquées oralement à l'intéressé lors de l'entretien individuel du 5 juin 2024, lors duquel il était assisté d'un interprète, cette circonstance n'est pas de nature à justifier que l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 de ce règlement a été communiqué oralement à M. C lors de la procédure dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, alors même que M. l'intéressé a déclaré, au cours de l'entretien du 5 juin 2024, avoir compris la procédure engagée à son encontre sans émettre de réserves sur le contenu des brochures " A " et " B ", M. C est fondé à soutenir que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ont été méconnues et, ayant été privé d'une garantie, à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 4 juillet 2024 pour ce motif.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 4 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, qui est le seul en l'état de l'instruction à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué, le présent jugement implique seulement que le préfet de police procède au réexamen de la demande d'asile de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Sous réserve de l'admission définitive de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à Me Sarhane, avocat de M. C, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de police est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande d'asile de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sarhane renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sarhane, avocat de M. C, la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C, à Me Sarhane et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

Le magistrat désigné,

A. ALa greffière,

D. PERMALNAICK

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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