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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419203

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419203

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419203
TypeDécision
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. B D C, représenté par Me A, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les décisions par lesquelles le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant toute la durée d'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions contestées le placent dans une situation de précarité administrative et que l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées ; elles sont entachées d'incompétence ; elles sont insuffisamment motivées ; elles méconnaissent les dispositions des articles L. 422-1, L. 435-1 et 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence.

M. D C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2024.

Vu :

- la requête enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n° 2419205 par laquelle M. D C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 19 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;

- les observations de Me Pluchet, substituant Me A, pour M. D C ;

- les observations de Me Capuano pour le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant vénézuélien, né le 8 septembre 2003 est arrivé en France en 2017 à l'âge de treize ans. Il s'est vu remettre un titre de séjour portant la mention " étudiant-élève " le 25 mars 2022, valable jusqu'au 24 mars 2023. Il a demandé le 29 mars 2023 et le 31 juillet 2023, le renouvellement de son titre de séjour. Par deux décisions du 9 juillet 2023 et du 10 décembre 2023 le préfet a clôturé ses demandes de titre de séjour. Par la présente requête, M. D C demande la suspension des décisions par lesquelles le préfet de police a rejeté ses demandes de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. En l'espèce, M. D C, dont le précédent titre de séjour arrivait à expiration le 24 mars 2023, a déposé une première demande de renouvellement de son titre de séjour le 29 mars 2023 ainsi qu'une seconde demande le 31 juillet 2023, toutes deux enregistrées par le préfet de police. Les décisions de clôture prises par le préfet de police doivent être regardées en l'espèce comme des décisions de refus de renouvellement de titre de séjour auxquelles la présomption d'urgence s'applique. En outre, le requérant se trouve dans une situation de précarité administrative qui compromet la poursuite de sa formation professionnelle. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

5. En l'état de l'instruction, compte tenu du parcours scolaire et universitaire de M. D C et de son projet professionnel, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions contestées sur sa situation personnelle est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.

6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension des décisions par lesquelles le préfet de police a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. D C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. D C. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions par lesquelles le préfet de police a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. D C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. D C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour et de travail.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D C, à Me A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 22 juillet 2024.

La juge des référés,

S. Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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