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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419251

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419251

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419251
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. A D, représenté par Me de Sèze, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police à titre principal de lui délivrer une carte de résident ou à défaut une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail dans un délai de dix jours avec astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est constituée, dès lors qu'il a été reconnu réfugié par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 31 août 2023, que, depuis l'expiration de l'attestation de prolongation d'instruction qui lui avait été délivrée lors du dépôt de sa demande d'une carte de résident, le 8 juillet 2024, il ne dispose plus de document permettant d'attester la régularité de son séjour sur le territoire français, il se trouve dans une situation précaire, sans autorisation de travail et n'ayant aucune ressource en dehors du revenu de solidarité active, et ne peut pas jouir des droits attachés à son statut de réfugié ;

Sur l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux :

- la décision lui refusant la carte de résident est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 23 et 24 de la convention de Genève ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur la requête et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- M. B a été muni le 18 juillet 2024 d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 17 janvier 2025 et a été invité à se présenter le 25 juillet 2024 à la préfecture de police pour la prise de ses empreintes.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 juillet 2024 sous le numéro 2419251 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E B, ressortissant afghan né le 2 février 1998, a été reconnu réfugié par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 31 août 2023. Il demandé le 6 septembre 2023 la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié, sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile. Une attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 5 mars 2024 lui a été délivrée. Celle-ci a été renouvelée jusqu'au 8 juillet 2024. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de la décision née le 6 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Il résulte de l'instruction, notamment de la capture d'écran de l'interface ANEF sur l'état de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. B, qu'il a été muni d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, l'autorisant à séjourner en France, valable jusqu'au 17 janvier 2025, et qu'il a été convoqué à la préfecture le 25 juillet 2024 pour la prise de ses empreintes. En outre, M. B est hébergé au sein d'un centre provisoire d'hébergement de la fondation de l'armée du salut et est bénéficiaire du revenu de solidarité active. Par suite, il ne justifie pas, à la date de la présente ordonnance, d'une situation d'urgence, au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions de la requête aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles relatives aux frais du litige.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E B, au préfet de police et à Me de Sèze.

Fait à Paris, le 19 juillet 2024.

La juge des référés,

L. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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