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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419443

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419443

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419443
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET SALIGARI EL AMINE AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 octobre 2024, M. A C B, représenté par la Selarl Saligari-El Amine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait car il n'a pas travaillé au-delà de la quotité de travail autorisée ;

- elle méconnait les articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 7 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les moyens de légalité externe dirigés contre la décision attaquée du 19 juin 2024, soulevés pour la première fois au-delà du délai de recours contentieux, sont irrecevables.

Par un mémoire du 8 novembre 2024, le préfet de police a présenté ses observations en réponse au courrier susvisé du 7 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- et les observations de Me Jean, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant kenyan né le 22 janvier 1995, est entré en France le 28 août 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a déposé le 25 septembre 2022 une demande de renouvellement de son dernier titre de séjour, valable jusqu'au 5 octobre 2022. Par un arrêté du 19 juin 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen, soulevés pour la première fois au-delà du délai de recours contentieux, sont irrecevables.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. (). Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Et aux termes de l'article R. 5221-26 du code du travail : " L'étranger titulaire du titre de séjour ou du visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois mentionné au 11° de l'article R. 5221-2 portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures. () ".

4. La décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. B est fondée sur la circonstance que celui-ci a dépassé la quotité de travail autorisée de 60% de la durée de travail annuelle, soit 964 heures.

5. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des bulletins de salaire produits par M. B que celui-ci a travaillé 86,67 heures en octobre 2021, 86,67 heures en novembre 2021, 86,67 heures en décembre 2021, 115,56 heures en janvier 2022, 74,67 heures en février 2022, 86,67 heures en mars 2022, 70,67 heures en avril 2022, 46,50 heures en mai 2022, 35 heures en juillet 2022, 134,67 heures en aout 2022 et 151,67 heures en septembre 2022, soit un total de 975,42 heures entre les mois d'octobre 2021 et septembre 2022, ce qui excède la quotité de travail autorisée. Au surplus, en se bornant à produire une attestation de présence à une formation de programmation informatique d'une durée de vingt heures en octobre 2023, M. B n'établit pas qu'à la date de la décision attaquée, il poursuivait des études en France. Par suite, le préfet n'a commis ni erreur de fait ni erreur de droit en prenant la décision attaquée.

6. En troisième lieu, le requérant n'ayant pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article est inopérant et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. (). ".

8. M. B soutient, au demeurant sans l'établir, qu'il a tissé des liens amicaux en France compte tenu de sa durée de présence et fait valoir la présence en France de trois membres de sa famille, dont deux de nationalité française. Cependant, ces circonstances sont insuffisantes à elles seules à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors que M. B, qui est célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi, à le supposer même opérant, être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juin 2024 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. D'une part, le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

11. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le requérant sollicite le versement au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2419443/6-

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