lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2419696 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | WISSAAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Wissaad, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté ;
3°) d'ordonner au préfet de police de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- la décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation, car elle le place en situation irrégulière sur le territoire, alors qu'il était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler depuis le 24 mai 2022, renouvelée jusqu'au 7 juin 2024, qu'il ne peut plus exercer de missions d'intérim en qualité d'ouvrier, pour subvenir aux besoins de sa famille, qu'il est privé de ses droits à la couverture d'assurance maladie et de sa liberté d'aller et venir ;
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'un vice de procédure car le préfet de police qui a fondé son refus de séjour sur des faits mentionnés dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires n'établit pas qu'il a saisi préalablement, pour complément d'information, les services de police ou de gendarmerie compétents, et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, le procureur de la République en application de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ni que la personne qui a consulté le fichier était habilité à le faire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
- le refus de séjour contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour contester l'arrêté du 29 mai 2024 du préfet de police par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juillet 2024 sous le n°2418880 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marcus pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 14 novembre 1982, a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mai 2024, le préfet de police lui a refusé le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-1 dudit code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. L'article L. 522-3 du même code précise que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. D'une part, aucune présomption d'urgence n'est attachée à la demande de suspension de l'exécution de la décision contestée qui ne constitue pas un refus de renouvellement de titre de séjour. En outre, la requête enregistrée le 10 juillet 2024 sous le numéro 2418880 par laquelle
M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué doit faire l'objet d'un enrôlement prochain de nature à répondre à l'urgence dont il se prévaut devant le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit. Ainsi, le dépôt de la requête au fond de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police en date du 29 mai 2024 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence et par ailleurs, celle de la décision fixant le pays de destination. Par suite, pour difficile que soit sa situation, M. B ne justifie pas de la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, que, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Wissaad.
Fait à Paris, le 22 juillet 2024.
La juge des référés,
L. Marcus
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2419696/8