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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419725

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419725

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419725
TypeDécision
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, complétée par des pièces enregistrées le 23 juillet 2024, Mme C, représenté par Me Hug, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, contenue dans l'arrêté du préfet de police du 3 juin 2024, lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant toute la durée d'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Hug, en application en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en sa faveur au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence, au demeurant présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, est en l'espèce caractérisée, dès lors qu'elle est exposée au risque de perdre son emploi, et ce alors qu'elle a deux enfants mineurs à sa charge ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle : est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ; est insuffisamment motivée au regard des exigences fixées par les articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; a été prise au terme d'une procédure irrégulière, sauf à justifier d'un avis adopté par un collège de médecins compétents, au sein duquel ne siégeait pas le médecin rapporteur ; est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, dès lors que l'intérêt supérieur des enfants de la requérante n'a fait l'objet d'aucun examen, et qu'il ne ressort pas de la motivation de la décision que les justificatifs de son activité professionnelle transmis par Mme C ont été examinés ; procède d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé est impossible au Cameroun et, à supposer même que tel soit le cas, qu'elle ne pourra pas en bénéficier effectivement en cas de retour dans son pays d'origine ; a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle ; a été prise en violation de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Le préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, a communiqué des pièces enregistrées les 24 et 25 juillet 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2419727, enregistrée le 19 juillet 2024.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gaonach-Nee, greffière d'audience :

- le rapport de M. Cicmen, juge des référés ;

- les observations de Me Hug, pour Mme C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance, en confirmant que l'objet de la requête tend à la suspension de l'exécution de la décision, contenue dans l'arrêté du préfet de police du 3 juin 2024, refusant à Mme C le renouvellement de son titre de séjour ;

- les observations de M. B, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens de la requérante n'étant fondé.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Mme C, né en 1989 et de nationalité camerounaise, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, contenue dans un arrêté du préfet de police du 3 juin 2024 prescrivant par ailleurs son éloignement, lui refusant le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré pour raisons de santé.

En ce qui concerne l'urgence :

3. D'une part, la demande présentée par Mme C porte sur le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " délivrée pour raison de santé. D'autre part, le préfet de police ne conteste pas l'urgence de la situation. Au surplus, la requérante, affirme être exposée au risque de perdre son emploi, et ce alors qu'elle a deux enfants mineurs à sa charge. Mme C doit ainsi être regardée comme justifiant de l'urgence de sa demande, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

5. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle déposée par Mme C en qualité d'étranger malade, le préfet de

police s'est approprié les termes de l'avis défavorable, émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 26 avril 2023, selon lequel, si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, un traitement approprié existe dans son pays d'origine.

6. La requérante, qui bénéficie, d'une prise en charge médicale régulière pour une infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), de stade A2, soutient que, d'une part, son état de santé nécessite la prise quotidienne d'un traitement antirétroviral associant le Truvada, composé des molécules emtricitabine et ténofovir disoproxyl, et l'Edurant, composé de la molécule rilpivirine, d'autre part le traitement qui lui est administré, fondé sur l'association de ces antirétroviraux n'est pas disponible au Cameroun, le laboratoire qui produit la spécialité Edurant (rilpivirine) indiquant par courriel du 18 juillet 2024 produit au dossier que cette spécialité n'est pas commercialisée au Cameroun. En réplique, le préfet de police produit une liste des médicaments essentiels disponibles au Cameroun, sur laquelle ne figure pas les molécules aujourd'hui administrée à Mme C. En outre, si le préfet de police produit un article de presse publié le 4 décembre 2023 par le bureau régional de l'Organisation mondiale de la santé, selon lequel des progrès encourageants ont été effectués au Cameroun dans la lutte contre le VIH, grâce notamment à son intervention, ce même article relève par ailleurs la persistance d'inégalités entravant l'élimination de ce virus. Dès lors, en l'état, la défense ne contredit, pas utilement l'analyse approfondie effectuée par l'organisation suisse d'aide aux réfugiés en date du 15 février 2019, selon laquelle le système de santé camerounais, pays dont les dépenses publiques en matière de santé sont les plus basses au monde, souffre d'un manque d'efficience et d'équité dans l'accès aux soins, alors que 7 à 10% seulement de la population est couvert par le système public de sécurité sociale, que le pays connaît des problèmes récurrents d'approvisionnement en médicaments essentiels et que la pauvreté reste un frein puissant à l'accès effectif aux soins. Dans de telles conditions, le moyen tiré de d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 3 juin 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme C.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de police réexamine la demande de titre présentée par Mme C, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans l'attente lui délivre un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de cette même notification.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Hug, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 200 euros sera versée à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 3 juin 2024 par laquelle le préfet de

police a rejeté la demande de renouvellement de titre présentée par Mme C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer cette demande dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans l'attente de mettre Mme C en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de cette même notification.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Hug, avocate de M. A, une somme de 1200 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 200 euros sera versée à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Hug.

Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 26 juillet 2024.

Le juge des référés,

D. Cicmen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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