samedi 20 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2419738 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | OTTOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, Mme B, représentée par Me Ottou, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour, et, dans l'attente de l'examen de sa demande, d'enjoindre à cette même autorité de lui remettre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de 48 heures suivant la notification de la décision à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou d'une somme de 1 500 euros au titre des frais engagés pour l'instance en application des articles L. 761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée de condamner l'état à lui verser 1 500 euros au titre des frais irrépétibles.
Elle soutient que :
- l'urgence est, en l'espèce justifiée, dès lors que con titre de séjour expire le 1er août prochain et qu'elle n'a pas accès à son compte ANEF ce qui l'empêche de présenter sa demande de renouvellement de titre de séjour et met en péril sa situation sociale, du point de vue du droit aux prestations, du droit au logement, du droit à la formation et compromet que la garde de son enfant lui soit redue ;
- la situation dans laquelle elle est maintenue porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, à la liberté de travailler, au droit à l'éducation, à l'intérêt supérieur de l'enfant et au droit au respect de la vie privée et familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du demandeur ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son intervention non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. Pour justifier l'urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme B fait valoir que son titre de séjour en cours validité expire le 1er août prochain et que du fait de l'impossibilité d'accéder à son compte ANEF elle ne peut présenter une demande d'un nouveau titre de séjour. Elle fait valoir, en outre, que du fait de cette situation elle sera privée à compter du 1er août 2024 de tout document justifiant la régularité de son séjour en France, et cette privation est de nature à mettre en péril sa situation sociale, du point de vue du droit aux prestations, du droit au logement, du droit à la formation et la reprise de la garde de son enfant. Toutefois, il résulte de l'instruction que si Mme B déclare n'avoir plus accès son compte ANEF et avoir sollicité les services de la préfecture de police en vue de remédier cette situation, d'une part, elle ne produit aucun document de nature à établir la réalité de ces démarches, d'autre part, par un message qui lui a été adressé le 14 juin 2024 il a été accusé réception de sa demande de titre de séjour après changement de statut et par ce message il lui a été indiqué que sa demande serait traitée " dans les plus brefs délais ". Il apparait, ainsi, que Mme B semble bien avoir pu transmettre sa demande, le traitement de cette dernière et son enregistrement constituant une autre question. En outre, alors que le dernier titre en la possession de la requérante expire le 1er août sa demande de changement de statut n'a été présenté que le 14 juin précédent soit moins de deux mois avant l'expiration du titre en cours de validité. Dans ces conditions, alors même que compte tenu de sa situation, en particulier, pour ce qui concerne la garde et l'éducation par ses soins de son enfant, la possession d'un nouveau titre de séjour présente un certain degré d'urgence, il ne résulte pas de l'instruction, au vu des éléments qu'apporte Mme B à l'instance que soit caractérisée une situation d'urgence telle que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, devrait ordonner les mesures qu'elle demande dans le délai de quarante-huit heures de sa saisine.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Alix Ottou.
Fait à Paris, le 20 juillet 2024.
Le juge des référés,
J.-F. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.