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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419752

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419752

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419752
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B, ressortissant turc, qui contestait son maintien en rétention administrative ordonné par le préfet de police le 19 juillet 2024. La formation de jugement a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le vice de procédure lié à la notification en français, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance du principe du contradictoire (article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE) et l'erreur de droit au regard de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que la décision était légalement fondée, l'intéressé ayant été entendu sur sa situation administrative et l'arrêté étant suffisamment motivé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20, 23 juillet et 9 août 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024, par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il lui a été notifié en langue française, langue qu'il ne maîtrise pas ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un vice de procédure, son droit à l'information ayant été méconnu ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces, enregistrées le 6 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ostyn en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- les observations de Me Kadri, avocate commis d'office, représentant M. B et de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue turque,

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 1er octobre 1998, entré en France le 14 juillet 2024, demande l'annulation de l'arrêté en date du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, le préfet de police a donné à M. D, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué lui a été notifié en français, langue qu'il ne maîtrise pas, il ressort des pièces produites par le préfet de police que l'arrêté lui a également été notifié en langue turque. En tout état de cause, les conditions dans lesquelles s'est effectuée cette notification, qui ne sont susceptibles d'avoir une incidence que sur les délais de recours, sont sans incidence sur la légalité de cet arrêté.

4. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation individuelle du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen individuel de situation doit, dès lors, être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B invoque l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et allègue que, en l'absence d'audition portant spécifiquement sur le fait qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure de placement en rétention, la décision de maintien en rétention a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en violation du respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Ce principe n'implique toutefois pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision de le maintenir en rétention administrative pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet de celle-ci, dans l'attente de son départ, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou sur la perspective de l'éloignement.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 14 juillet 2024, notamment sur sa situation administrative. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision de maintien en rétention administrative.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". En outre, aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police, pour considérer que la demande d'asile a été présentée par M. B dans le seul but de faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement, s'est fondé sur la circonstance que le requérant est entré en France le 14 juillet 2024, qu'il y séjourne de façon irrégulière, n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile et n'a présenté une telle demande qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement, qu'il a déclaré lors de son audition être en transit en France afin de rejoindre sa famille se trouvant à Londres, que son comportement a été signalé par les services de police le 14 juillet 2024 pour usage de faux et qu'il ne peut justifier du lieu de sa résidence effective ou permanente ou se déclare sans domicile. Il ne saurait être reproché au requérant de n'avoir entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile et de n'avoir formulé une telle demande qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement, alors qu'il est constant que ce dernier est arrivé en France le 14 juillet 2024, soit la veille du dépôt de sa demande d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition du 14 juillet 2024, que M. B a principalement manifesté sa volonté de rejoindre son épouse et son fils se trouvant à Londres, n'évoquant que de manière évasive et tardive les menaces dont il ferait l'objet en Turquie. Par ailleurs, si M. B fait valoir, sans que le préfet de police ne produise d'éléments susceptibles de le contredire, qu'il est détenteur d'une carte de demandeur d'asile, qu'il produit à l'instance, délivrée par les autorités grecques, valable du 9 juin 2024 au 10 juin 2026, cette circonstance, dont il n'a au demeurant pas fait état lors de son audition par les services de police, ne saurait faire obstacle à son maintien en rétention sur le fondement des dispositions citées au point 8, dès lors qu'il ressort de la décision de l'OFPRA, qui a statué sur le fond de la demande d'asile dont il était saisi et qu'il n'a pas déclarée irrecevable, que la France est devenue Etat responsable de son examen, comme le permet l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de police l'a maintenu en rétention serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Décision rendue le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

I. OSTYNLa greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2419752/8

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