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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419801

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419801

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantMADRID

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistré les 20 juillet 2024 et 18 octobre 2024 sous le n° 2419801/-1, la société à responsabilité limitée (SARL) Sodipar, représentée par Me de Watrigant, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mis à sa charge au titre de la période allant du 1er octobre 2017 au 28 février 2021, des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des exercices clos les 30 septembre 2018, 2019 et 2020 ainsi que l’amende fiscale de 5 000 euros mise à sa charge au titre de l’article 1729 H du code général des impôts ;

2°) à titre subsidiaire, de la décharger des majorations de 40 % et de 80 % mises à sa charge en application des dispositions de l’article 1729 du code général des impôts ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.



Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière faute pour l’agent vérificateur d’avoir respecté le choix par lequel elle avait opté, en application du II de l’article 47 A du livre des procédures fiscales, pour l’option c, dès lors que l’inspectrice est intervenue directement sur le système informatique de la société afin de procéder aux extractions qu’elle estimait utiles ;
- le vérificateur n’était pas fondé à rejeter sa comptabilité, dès lors qu’elle tenait une comptabilité informatisée sur un logiciel qui centralisait les cinq caisses, que tous les éléments justificatifs ont été transmis sauf ceux dont la conservation n’a pas été assurée par l’éditeur du logiciel en raison de la cyberattaque subie par ce dernier, que les recettes ont été enregistrées chaque jour, pour chaque achat par les caisses informatisées, ce qui exclut toute omission ;
- la reconstitution des recettes est sommaire, faussée par la méthode forfaitaire de reconstitution établie par l’administration qui présume un système de fraude qui n’existe pas, qui ne tient aucun compte de l’évolution de la composition du panier des clients, qui ne tient pas compte du risque de vol de la part des personnels de la superette, qui se borne à extrapoler sur les années 2017 à 2002 les écarts de caisses constatés sur 2020-2021, alors qu’une approche par la démarque montre que l’écart entre les recettes qu’elle a perçues et celles qu’elle aurait dû percevoir reste dans la marge normalement admise en raison de la casse et du vol, sauf pour l’année 2020 où le gérant a été plus absent et donc moins vigilant.


Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2024 et 28 octobre 2024, l’administrateur de l’État en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les moyens de la requérante ne sont pas fondés ;
- les conclusions visant à mettre à la charge de l’État les dépens sont irrecevables, en l’absence de tout dépens de l’instance.


Par une ordonnance du 4 novembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 3 janvier 2025.


Un mémoire de la société Sodipar a été enregistré le 3 avril 2025 qui n’a pas été communiqué.



II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 septembre 2024, 3 avril 2025 et 27 novembre 2025 sous le n° 2425173/1-1, M. C... A... B..., représenté par Me de Watrigant, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2018 et 2019, ainsi que des prélèvements sociaux y afférents ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

Sur le bien-fondé des impositions :
- le vérificateur n’était pas fondé à rejeter la comptabilité de la société Sodipar, dès lors que le logiciel de caisse de la société Sodipar répondait aux exigences du 3° bis du I de l’article 286 du code général des impôts et que le service disposait de suffisamment d’éléments autres que les tickets de caisse pour s’assurer du caractère probant et sincère de la comptabilité ;
- l’administration ne peut, pour rectifier son imposition, lui opposer des preuves obtenues de manière illicite dans le cadre de la procédure de contrôle qui a été appliquée à la société Sodipar, le vérificateur s’étant illégalement livré à des traitements informatiques à partir du matériel de la société ;
- le rejet de la comptabilité de la société Sodipar au titre des exercices clos les 30 septembre 2018 et 30 septembre 2019 n’est pas justifié ;
- la méthode de reconstitution du chiffre d’affaires de la société Sodipar est sommaire et ne permet pas de conclure qu’il existe des revenus réputés distribués ; l’existence de ces recettes omises est contestée dans la requête n° 2419801/-1 introduite par la société Sodipar ;
- il ne peut être regardé comme le maître de l’affaire, bénéficiaire de revenus réputés distribués par la société Sodipar, compte tenu des modalités d’organisation du magasin exploité par la société Sodipar, ainsi que de l’étendue de ses obligations familiales et professionnelles conduisant à des absences fréquentes de sa part et une délégation au bénéfice de ses salariés dans la gestion du magasin.
- les revenus distribués majorés de 125 % correspondant aux distributions reconstituées par l’administration pour les mois d’octobre à décembre 2017 pour la somme de 23 718 euros ne pouvaient être imposés au titre de l’impôt sur le revenu 2018, dès lors que la distribution s’est opérée sur l’année 2017, antérieurement à la clôture de l’instruction et que les revenus appréhendés en 2017 sont prescrits ;

Sur la pénalité :
- la pénalité pour manquement délibéré n’est pas justifiée, dès lors qu’il n’est pas responsable des recettes omises dans les comptes de la société Sodipar.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 février 2025 et 14 novembre 2025, l’administrateur de l’État en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les moyens ne sont pas fondés ;
- les conclusions visant à mettre à la charge de l’État les dépens sont irrecevables, en l’absence de tout dépens de l’instance.


Par une ordonnance du 2 février 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 9 mars 2026.





III. Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2025 sous le n° 2532808/1-1, M. C... A... B..., représenté par Me de Watrigant, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts, de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu mis à sa charge au titre de l’année 2020 ainsi que des prélèvements sociaux y afférents ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il invoque les mêmes moyens que ceux présentés dans la requête n° 2425173/1-1.


Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2026, l’administrateur de l’État en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les moyens ne sont pas fondés ;
- les conclusions visant à mettre à la charge de l’État les dépens sont irrecevables, en l’absence de tout dépens de l’instance.


Un mémoire pour le compte de M. A... B..., enregistré le 29 mai 2026, n’a pas été communiqué.


Par une ordonnance du 11 mai 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er juin 2026.


Des pièces complémentaires pour le compte de M. A... B..., enregistrées le 12 juin 2026 n’ont pas été communiquées.


Vu les autres pièces des dossiers.


Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus lors de l’audience publique :
- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,
- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.



Considérant ce qui suit :

La société Sodipar, dont la gérance est assurée par M. A... B..., exploite un supermarché sous l’enseigne G20 à Paris (10ème arrondissement). Elle a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur la période s’étendant du 1er octobre 2017 au 28 février 2021. A l’issue de ce contrôle, l’administration a, par une proposition de rectification du 6 décembre 2021, rejeté la comptabilité présentée par la société Sodipar pour les exercices clos les 30 septembre 2018, 2019 et 2020, procédé à la reconstitution des recettes et informé la société des rappels de TVA et des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés qu’elle envisageait de mettre à sa charge au titre de ces trois exercices et de cette période, assortis des pénalités et d’une amende fiscale. Par une réclamation fiscale, ayant été rejetée le 3 juin 2024, la société a sollicité le dégrèvement de la somme totale de 140 698 euros mise à sa charge par un avis de mise en recouvrement du 30 novembre 2023. Par la requête n° 2419801/1-1, la société Sodipar sollicite la décharge, en droits et intérêts, des impositions qui lui sont réclamées ou, à titre subsidiaire, la décharge des seules majorations.

Par une proposition de rectification du 15 juin 2022, l’administration a, en conséquence des rectifications ayant affecté la société Sodipar, assujetti M. A... B..., sur le fondement des dispositions du 1° de l’article 109 du code général des impôts, à des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales, à raison des revenus distribués par la société Sodipar au titre des années 2018 à 2020, qui ont été assorties de la majoration pour manquement délibéré. Ces sommes ont été mises en recouvrement par voie de rôle les 30 avril 2024, s’agissant des années 2018 et 2019, et 6 juin 2024, s’agissant de l’année 2020. Les réclamations fiscales de M. A... B... ayant été rejetées le 26 août 2024, s’agissant des années 2018 et 2019, et le 15 octobre 2025, s’agissant de l’année 2020, M. A... B... demande au tribunal, par ses requêtes n° 2425173/1-1 et n° 2532808/1-1, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2018 à 2020 et des pénalités correspondantes.

Les requêtes n° 2419801/1-1, 2425173/1-1 et 2532808/1-1, présentées par une société et un requérant qui est le dirigeant de cette dernière, ont trait aux mêmes faits. Elles ont donc fait l’objet d’une instruction commune et doivent être jointes pour qu’il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge de la requête de la société Sodipar :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

Aux termes du II de l’article L. 47 A du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : « En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés et lorsqu'ils envisagent des traitements informatiques, les agents de l'administration fiscale indiquent par écrit au contribuable la nature des investigations souhaitées. Le contribuable formalise par écrit son choix parmi l'une des options suivantes : / a) Les agents de l'administration peuvent effectuer la vérification sur le matériel utilisé par le contribuable ; / (…) / c) Le contribuable peut également demander que le contrôle ne soit pas effectué sur le matériel de l'entreprise. (…) ».

Il est constant que le 8 avril 2021, l’administration a indiqué au gérant de la société, M. A... B..., qu’elle entendait mettre en œuvre des traitements informatiques sur sa comptabilité en application des dispositions de l’article L. 47 A du livre des procédures fiscales, invitant la société à opter pour l’une des possibilités offertes cet article, que le 15 avril 2021, M. A... B... a indiqué qu’il optait pour l’option c) qui impliquait la remise au service vérificateur des copies de fichiers nécessaires à la réalisation du traitement informatique et que la majeure partie des fichiers ont été remis sur clef USB le 29 avril 2021. Il résulte toutefois de l’instruction que le 7 juillet 2021, l’administration a demandé à la société de fournir d’autres fichiers, relatifs aux tickets de caisse, que la société a indiqué le 9 septembre 2021 à l’administration que ces fichiers étaient stockés sur son serveur et que, le 24 septembre 2021, alors que le vérificateur se trouvait sur place, une copie de ces fichiers a été placée sur clef USB à partir du poste informatique de la société et remise au vérificateur. Si la société soutient qu’à cette occasion, le 29 septembre 2021, le vérificateur s’est emparé lui-même du poste informatique, a ouvert directement ces fichiers contenant les tickets de caisse et les a analysés sur l’ordinateur de la société, en méconnaissance de l’option prise par la société, il résulte des déclarations de la société elle-même qu’elle était en difficulté pour extraire ces données du poste informatique et que l’agent de l’administration, spécialisé dans les logiciels de comptabilité, a pu la guider, tant le 24 septembre 2021, pour l’aider à extraire les données informatiques nécessaires au traitement que l’administration entendait opérer et à les stocker sur une clef USB. Cette assistance au transfert de données, conformément à l’option choisie par la société, n’équivaut aucunement à un traitement des données opérées à partir des postes informatiques de la société au sens du a) de l’article L. 47 A du livre des procédures fiscales. En outre et à supposer même que les photographies produites par la requérante – dont l’horodatage est illisible – soient relatives à la journée du 24 septembre 2021, elle se borne à présenter l’agent vérificateur en train d’aider ponctuellement le gérant à extraire les données utiles pour de futurs retraitements informatiques. Dès lors, la société ne peut non plus sérieusement soutenir que ces quelques instants de présence du vérificateur, debout, auprès du poste informatique de la société témoignent de la mise en œuvre d’un traitement informatique directement à partir de son matériel informatique, au sens du a) de l’article L. 147 A du livre des procédures fiscales. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du c) de l’article L. 147 A du livre des procédures fiscales doit donc être écarté.

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité pour les années 2017 et 2018 :

Aux termes de l’article 54 du code général des impôts : « Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. (…) ». L’article R. 123-173 du code de commerce dispose que : « Tout commerçant tient obligatoirement un livre-journal et un grand-livre. ». De plus, aux termes de l’article R. 123-174 du même code : « Les mouvements affectant le patrimoine de l'entreprise sont enregistrés opération par opération et jour par jour pour le livre-journal. / Tout enregistrement comptable précise l'origine, le contenu et l'imputation de chaque donnée ainsi que les références de la pièce justificative qui l'appuie

Il résulte de l’instruction que, lors des opérations de vérification de comptabilité de la société Sodipar, il est apparu que la société n’avait conservé aucun ticket de caisse pour la période du 1er octobre 2017 au 10 mars 2020, cette absence de présentation des pièces justificatives comptables affectant donc les trois exercices clos les 30 septembre 2018, 2019 et 2020. Une telle insuffisance justifiait à elle seule que la comptabilité de la société pour ces trois exercices soit regardée comme dépourvue de toute valeur probante, sans qu’ait d’incidence la circonstance alléguée par la requérante selon laquelle ce défaut de présentation des pièces justificatives résulte de circonstances indépendantes de sa volonté, tenant à une défaillance du fournisseur de son logiciel comptable.

En outre, s’agissant de la période de 355 jours allant du 11 mars 2020 au 28 février 2021 pour laquelle l’administration disposait des tickets de caisse, l’administration a identifié 205 opérations de corrections avec utilisation du « badge manager », ne correspondant à aucun ticket de vente préalablement établi et ayant abouti systématiquement à des rendus en espèce pour des montants compris en moyenne entre 400 et 700 euros. Si la société soutient qu’il ne s’agit pas de minoration de recettes de sa part, mais qu’il s’est agi soit d’erreurs involontaire de saisie, soit des preuves de ce qu’elle subit des vols de la part de son personnel, en particulier en 2020, année où le gérant a été particulièrement absent pour des raisons personnelles et de santé, les circonstances qu’elle fait valoir et les pièces qu’elle produit ne permettent pas de crédibiliser cette analyse, alors que l’administration a mis en lumière un schéma récurrent de remise d’espèce à partir des caisses, que la société ne fait état d’aucune démarche particulière pour prévenir le vol et que les absences du gérant ne sont pas étayées. Dès lors, ces minorations de recettes, qui n’ont pu être détectées que sur la période pour laquelle la société avait conservé ses tickets de caisse, soit entre le 11 mars 2020 et le 28 février 2021, ont également contribué à affecter la sincérité de la comptabilité de la société pour la période postérieure au 10 mars 2020.

Enfin et en tout état de cause, l’administration a relevé, d’une part, que les ventes étaient comptabilisées toutes taxes comprises, alors que l’enregistrement de la TVA mensuellement de manière globalisée, sans ventilation par taux jusqu’au 1er octobre 2020, date à laquelle le chiffre d’affaires a été ventilé par taux de TVA, ne permettait pas à l’administration de contrôler les montants de TVA déclarés. Elle a relevé, d’autre part, que le 8 novembre 2019, les deux tiers du chiffre d’affaires de la journée, soit 6 000 euros, n’avaient pas été reportés dans la synthèse comptable, ce que le gérant a reconnu.

Compte tenu des différentes irrégularités qui ont été constatées pour toute la période en litige, c’est à bon droit que l’administration a estimé que la comptabilité de la société Sodipar était entachée de graves irrégularités et dépourvue par conséquent de tout caractère sincère et probant, conduisant à son rejet.

En ce qui concerne la reconstitution des recettes :

Aux termes de l’article L. 192 du livre des procédures fiscales : « Lorsque l’une des commissions ou le comité mentionnés à l’article L. 59 ou le comité prévu à l’article L. 64 est saisi d’un litige ou d’une rectification, l’administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l’avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l’imposition a été établie conformément à l’avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l’administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ».

Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l’administration a écarté la comptabilité de la société Sodipar comme non probante et non sincère motif pris des graves irrégularités dont elle était entachée. Il est en outre constant que le différend opposant la société à l’administration sur la reconstitution de ses recettes commerciales sur la période en litige en vue de la détermination, d’une part, de son chiffre d’affaires pour la période du 1er octobre 2017 au 28 février 2021 et, d’autre part, de son résultat imposable pour les exercices clos les 30 septembre 2018 , 2019 et 2020 a été soumis à la commission départementale des impôts et des taxes sur les chiffres d’affaires et que cette dernière a rendu, le 11 octobre 2023, un avis conforme aux rappels et rectifications proposés par le service. Dans ces conditions, la société Sodipar supporte la charge de la preuve de l’exagération des impositions qu’elle conteste.

Pour procéder à la reconstitution de recettes de la société Sodipar, le service s’est attaché à déterminer le montant des recettes éludées par la société pour la période du 11 mars 2020 au 28 février 2021, seule période pour laquelle elle disposait de l’ensemble des tickets de caisse lui permettant d’identifier avec précision l’ampleur des omissions. Compte tenu du schéma de fraude relatif aux tickets négatifs, déjà présenté au point 8, l’administration a estimé que les espèces retirées des caisses sur les 355 jours de cette période s’élevaient à 100 158 euros, soit 2,97 % du chiffre d’affaires enregistré sur cette période de référence. A partir de ce ratio, l’administration a calculé à due proportion les recettes éludées sur la période allant du 1er octobre 2017 au 10 mars 2020, en tenant compte du chiffre d’affaires de ces autres périodes. Les montants de recettes éludées ainsi extrapolées ont été réintégrées comme des recettes dans le bénéfice des trois exercices clos les 30 septembre 2018, 2019 et 2020 ainsi qu’au chiffre d’affaires pour la période du 1er octobre 2020 au 28 février 2021 permettant le calcul de la TVA dûe. Le service a ainsi réintégré, toutes taxes comprises, 94 887 euros pour l’exercice clos le 30 septembre 2018, 100 222 euros pour 2019, 46 907 euros pour 2020, ainsi qu’une minoration de TVA de 2 559 euros entre le 1er octobre 2020 et le 28 février 2021.

Pour contester cette reconstitution de recettes, la société se borne, d’une part, à réitérer ses arguments, déjà présentés au point 8, tenant au fait que les tickets négatifs ne révèleraient aucune recette éludée, mais seulement des erreurs ou des vols de la part de ses salariés. Toutefois et comme il a été dit à ce même point 8, l’ampleur et le caractère systématique de ces tickets négatifs, révélant un schéma de fraude, rend improbable l’existence d’erreurs ou de vols ponctuels, hypothèse qui n’est par ailleurs pas suffisamment étayée par la société au regard des pièces qu’elle produit alors que la réintégration de ces recettes aboutit à doubler ou tripler, selon les exercices, le résultat imposable de la société. Dès lors, ni le calcul ayant conduit à établir les recettes éludées entre le 11 mars 2020 et le 28 février 2021, ni la méthode d’extrapolation par laquelle le service a reconstitué ces mêmes recettes éludées pour la période du 1er octobre 2017 au 10 mars 2020 ne présente de caractère radicalement vicié ou excessivement sommaire.

D’autre part, la société se prévaut d’une autre méthode de reconstitution de ses recettes qu’elle juge plus réaliste que la méthode de l’administration, consistant à calculer la différence entre la marge réalisée sur son chiffre d’affaires tel qu’il figure à son bilan et la marge attendue par sa centrale d’achat par rapport aux achats effectués. Toutefois, cette méthode, qui par nature ne tient pas compte d’un chiffre d’affaires effectivement réalisé mais soustrait du résultat, comme l’administration a pu le constater, ne permet pas d’appréhender de manière pertinente la réalité de son chiffre d’affaires. En tout état de cause, en se bornant à produire un tableau particulièrement synthétique qui ne justifie pas des paramètres chiffrés qu’il inclut, la société ne justifie pas de la fiabilité de sa méthode alternative.

Il résulte de ce qui précède que la société n’est pas fondée à contester la reconstitution de recettes établie par l’administration.

En ce qui concerne les pénalités et l’amende fiscale :

Si la société Sodipar demande la décharge des majorations de 40 % et de 80 % mises à sa charge sur le fondement des dispositions de l’article 1729 du code général des impôts, ainsi que l’amende fiscale mise à sa charge sur le fondement de l’article 1729 H du code général des impôts, elle n’articule aucun moyen spécifique à leur encontre.

Il résulte de tout ce qui précède que la société Sodipar n’est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, ainsi que de l’amende fiscale qui lui a été infligée.

Sur les conclusions à fin de décharge des requêtes de M. A... B... :

En ce qui concerne la licéité des preuves utilisées par l’administration :

Si M. A... B... soutient que les rectifications sur les années en litige ont été engagées à partir des données de la société Sodipar, dont il est le gérant, obtenues par l’administration de manière illicite, faute pour le vérificateur chargé du contrôle des comptes de cette société d’avoir effectué un traitement informatique de ses données conformément aux dispositions du c) de l’article 147 A du livre des procédures fiscales, il doit être regardé comme contestant ainsi la régularité de la vérification de comptabilité mise en œuvre à l’égard de la société Sodipar. Par suite et dès lors que M. A... B... ne peut utilement se prévaloir d’une irrégularité affectant la procédure visant un autre contribuable, son moyen, inopérant, ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité de la société Sodipar :

Contrairement à ce que soutient M. A... B..., il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 10 que c’est à bon droit que l’administration a regardé la comptabilité de la société Sodipar au titre de la période vérifiée comme entachée de graves irrégularités et par conséquent comme non probante.

En ce qui concerne l’existence de revenus distribués :

Aux termes du 1 de l’article 109 du code général des impôts : « Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ». Aux termes de l’article 110 du même code : « Pour l'application du 1o du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ».

Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 13 que, lors de la vérification de la comptabilité de la société Sodipar, le service a conclu que certaines recettes avaient été omises, générant un bénéfice supplémentaire pour cette société sur les exercices clos les 30 septembre 2018, 2019 et 2020 n’ayant été ni mis en réserve, ni incorporé au capital. Elle en a déduit que les sommes de 94 877 euros pour l’année 2018, 100 223 euros pour l’année 2019 et 99 074 euros pour l’année 2020 devaient être regardées comme des revenus réputés distribués. Si M. A... B... réitère dans les requêtes le concernant sa contestation relative à l’existence de recettes omises, il y a lieu d’écarter son moyen pour les mêmes motifs que ceux rappelés aux points 14 et 15 du présent jugement.

En ce qui concerne la maîtrise de l’affaire :

Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d’user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l’affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu’il contrôle. Est qualifié de maître de l’affaire une personne qui exerce la responsabilité effective de l’ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et dispose sans contrôle de ses fonds.

L’administration a estimé que les recettes soustraites à la comptabilité de la société, dont les montants sont rappelés au point 22, devaient être regardées comme des revenus distribués à M. A... B..., dès lors que ce dernier était l’unique maître de l’affaire. Pour établir cette qualité de maître de l’affaire, le service s’est fondé, ainsi que cela ressort de la proposition de rectification du 15 juin 2022, sur les circonstances que sur les années 2018 à 2020, l’intéressé détenait 99,93 % de la holding ZK Distribution qui détenait 499 des 500 parts de la société Sodipar, la dernière part étant directement détenue par M. A... B..., qu’il était l’unique gérant de cette société et son unique décisionnaire au regard des mentions figurant sur les procès-verbaux d’assemblée générale, qu’il disposait d’une maîtrise totale de l’exploitation du supermarché G20 tant dans le domaine commercial que financier en étant notamment l’interlocuteur de la centrale d’achat et l’unique détenteur de la signature sur les comptes bancaires de la société. Il résulte par ailleurs de la proposition de rectification du 6 décembre 2021 faisant suite à la vérification de comptabilité de la société Sodipar que M. A... B... est le seul représentant de l’entreprise avec lequel le service de vérification a mené le débat oral et contradictoire lors du contrôle de cette société.

Pour contester cette qualification de maître de l’affaire, M. A... B... se borne à produire des attestations de ses salariés, visant à soutenir son argument selon lequel, compte tenu de l’amplitude horaire de son magasin, il était souvent absent et déléguait nécessairement de nombreuses tâches sensibles, notamment l’utilisation du « pass manager » permettant de corriger les opérations enregistrées dans les caisses et la passation des commandes pour les différents rayons. Toutefois, ces attestations, compte tenu de leur teneur peu circonstanciée et de l’identité de leurs auteurs, ne permettent pas de remettre en cause la qualification opérée par l’administration fiscale, alors que M. A... B... ne conteste aucun des éléments de fait mentionnés au point 8, révélant l’existence d’une soustraction systématique d’une partie de la recette.

Il résulte de ce qui précède l’administration a à bon droit retenu que M. A... B... avait intégralement bénéficié, en sa qualité de maître de l’affaire, des revenus réputés distribués identifiés dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Sodipar.

En ce qui concerne l’année d’imposition des revenus distribués de l’exercice clos le 30 septembre 2018 :

Aux termes de l’article 12 du code général des impôts : « L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ». Aux termes de l’article 47 de l’annexe II du code général des impôts : « Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ».

Les revenus mentionnés au 1° de l’article 109-1 sont présumés distribués à la date de clôture de l’exercice au terme duquel leur existence a été constatée, sauf si le contribuable ou l’administration apportent des éléments de nature à établir que la distribution a été, en fait, soit postérieure, soit antérieure à cette date.

Il ressort des pièces du dossier que les revenus réputés distribués imputés à M. A... B... sur l’exercices clos le 30 septembre 2018 ont été déterminés par l’administration qui a reconstitué les recettes de la société sur cet exercice par une méthode d’extrapolation à partir des données disponibles uniquement sur une période postérieure, comme cela a été rappelé au point 13 du présent jugement. Dès lors, si, pour les besoins de cette reconstitution de recettes, l’administration a, proportionnellement au chiffre d’affaires des mois de septembre à décembre 2017, déterminé un montant de revenus distribués pour chacun de ces mois, cette circonstance ne permet pas d’établir que la distribution de ces revenus a effectivement eu lieu entre les mois de septembre et décembre 2017. En outre et dès lors qu’aucun élément ne permettait d’établir que la distribution de ces revenus ait été postérieure ou antérieure à la date de clôture de l’exercice le 30 septembre 2018, c’est à bon droit que l’administration a présumé que l’intégralité des revenus distribués relatifs à cet exercice l’avaient été à la date de clôture de l’exercice, justifiant qu’ils soient intégrés à l’assiette des revenus imposables de M. A... B... pour 2018. Par suite, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir qu’il doit être partiellement déchargé de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu mise à sa charge au titre de l’année 2018 à concurrence de 23 719 euros.

En ce qui concerne la pénalité pour manquement délibéré :

Aux termes de l’article 1729 du code général des impôts : « Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l’indication d’éléments à retenir pour l’assiette ou la liquidation de l’impôt ainsi que la restitution d’une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l’État entraînent l’application d’une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré (…) ».

Pour établir l’existence d’un manquement délibéré de la part de M. A... B... justifiant une pénalité en conséquence, le service a relevé qu’en qualité de maître de l’affaire, le requérant ne pouvait ignorer les minorations récurrentes de recettes du magasin dont il gérait l’exploitation, alors que les revenus distribués à son bénéfice, qu’il n’a pas déclarés à l’administration fiscale, ont contribué à augmenter de manière significative ses revenus annuels. Dès lors qu’il résulte de ce qui a été dit précédemment que ces éléments sont établis, c’est à bon droit que l’administration a appliqué une pénalité de 40 % pour manquement délibéré au principal de l’imposition supplémentaire mise à la charge de M. A... B....

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... B... n’est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige.

Sur les frais liés au litige :

En premier lieu, l’administration est fondée à relever que la présente instance n’a donné lieu à aucuns dépens, rendant irrecevables les conclusions de la société Sodipar et de M. A... B... visant à mettre ces dépens à la charge de l’État. Ces conclusions, irrecevables, ne peuvent qu’être rejetées.

En second lieu, l’État n’étant la partie perdante dans aucune des instances, il y a lieu de rejeter les conclusions relatives aux frais liés au litige présentées dans les trois requêtes sur lesquelles statue le présent jugement.


D E C I D E :


Article 1er : La requête n° 2419801/1 -1 de la société Sodipar est rejetée.

Article 2 : Les requêtes n° 2425173/1-1 et 2532808/1-1 de M. A... B... sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Sodipar, à M. C... A... B... et à l’administrateur de l’État en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,


Signé


M. MONTEAGLELe président,


Signé


J.-C. TRUILHE

La greffière,

Signé


S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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