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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419804

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419804

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419804
TypeDécision
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2419804 enregistrée le 19 juillet 2024, M D H A, représenté par Me Selmi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police) une somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- En ce qui concerne les décisions de refus de délivrance et l'obligation de quitter le territoire :

o elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;

o elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

o elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

o elle est entachée d'un défaut de motivation ;

o elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le Préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, agissant par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête n°2422924 enregistrée le 27 août 2024, M. D A G, représenté par Me Selmi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 août 2024, par lequel le Préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police) la somme de 1 400 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024 le Préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, agissant par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement se fonder sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de départ volontaire ayant été suspendu, en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par l'introduction de la requête contre l'OQTF, le 19 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gracia,

- et les observations de Me Selmi pour M. A, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D G A, ressortissant bangladais né le 21 août 1994 est entré en France le 18 janvier 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juin 2024 le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. Par une requête n°2419804, enregistrée le 19 juillet 2024, M. A demande l'annulation de cet arrêté. Par un arrêté du 21 août 2024, le préfet de police a pris à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français. Par une requête n° 2422924, enregistrée le 27 août 2024, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de M. A enregistrées sous les n°2419804 et n° 2422924 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. E F, administrateur de l'État hors classe, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 10 juin 2024 aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n°2024-000924 du 8 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté litigieux, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relèvent les décisions de maintien en rétention, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté 21 août 2024 aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, les arrêtés attaqués, d'une part, visent les textes dont ils font l'application notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 611-1 3° et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, indiquent les éléments pertinents de sa situation et notamment, que le préfet s'est fondé sur la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, sur ses qualifications professionnelles et sur le fait qu'il est célibataire et sans charge familiale en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions de refus de délivrance et l'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" (). / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en 2019 et qu'il perçoit des revenus professionnels depuis juin 2019 en tant qu'employé de la société SARL PAM, ces seuls éléments, compte tenu notamment du caractère relativement récent de cette activité, qui est, au demeurant exercée sans autorisation, et de la nature non qualifiée de l'emploi occupé, ne sont pas suffisants pour établir l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à faire regarder la décision prise par le préfet de police comme entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'arrêté du 21 août 2024, portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Enfin, l'article L.612-7 de ce code prévoit : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi./ Lorsque la décision fixant le pays de renvoi est notifiée postérieurement à la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'éloignement effectif ne peut non plus intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester cette décision, ni avant que le tribunal administratif n'ait statué sur ce recours s'il a été saisi. () ". Aux termes de l'article L. 722-8 du même code : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français. "

10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'expiration du délai de départ volontaire qui permet de regarder l'étranger comme n'ayant pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti ne peut être opposée à l'intéressé avant que le tribunal administratif saisi n'ait statué sur l'obligation de quitter le territoire français.

11. Pour prononcer l'interdiction de retour par l'arrêté du 21 août 2024 contesté, le préfet de police a estimé que M. A s'était soustrait à l'obligation de quitter le territoire français qu'il avait édictée le 10 juin 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a contesté cette décision par une requête enregistrée au greffe de ce tribunal le 19 juillet 2024 qui fait l'objet du présent jugement. Ainsi, compte tenu du caractère suspensif de ce recours, le délai de trente jours accordé à M. A pour quitter le territoire français ne lui était pas opposable avant que le tribunal ne statue sur son recours. Par suite, le préfet de police a entaché sa décision d'erreur de droit.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2422924, que l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doit être annulé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 21 août 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont elle a fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A tendant à ce qui lui soit octroyée une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police en date du 21 août 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français de M. A, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D H A et au Préfet de police.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

Mme Merino, première conseillère,

Mme Renvoise, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

J-Ch. GRACIA

L'assesseure la plus ancienne

M. MERINO La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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