mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2419807 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. E A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
o il est entaché d'incompétence de son signataire ;
o il est entaché d'insuffisance de motivation ;
o il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet de police n'a pas saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
o il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
o il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
o en refusant de l'admettre au séjour en faisant usage de son pouvoir discrétionnaire, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
o elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
o elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique,
- le rapport de Mme Merino,
- et les observations de Me Pafundi, représentant M. A, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant guinéen, né le 27 février 1998 à Temimele (Guinée Conakry) et entré en France en 2019 selon ses déclarations, a sollicité le
14 novembre 2023 son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En l'absence de preuve du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, les conclusions de la requête tendant à l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. L'arrêté attaqué mentionne notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de séjour présentée par M. A. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressé, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français qui lui sont opposés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. C B, attaché d'administration hors classe de l'Etat, directement placé sous l'autorité de
M. D F, administrateur de l'Etat hors classe, pour signer notamment les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français, dans le cas où celui-ci serait absent ou empêché et en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si le préfet de police fait mention, dans sa décision, de la présence en France de l'un des frères de M. A alors que ce dernier ne l'aurait pas déclaré et s'il ne mentionne pas que l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur " ainsi que sa promesse d'embauche, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. M. A soutient qu'il réside de manière stable et continue sur le territoire français depuis septembre 2019, c'est-à-dire depuis l'âge de vingt-et-un an. S'il établit avoir suivi une première formation dans le domaine de la manutention, en mars 2021, puis une seconde, visant à la délivrance d'un certificat technique de métiers (CTM) dans le cadre d'un contrat d'apprentissage dans le domaine de la vente alimentaire, qui a débuté en septembre 2023 et pris précocement fin en novembre 2023 du fait de l'irrégularité de son séjour, ces expériences professionnelles qui, certes, témoignent d'une volonté d'insertion professionnelle, sont toutefois récentes à la date de la décision attaquée et insuffisamment abouties. Par ailleurs, s'il fait état du suivi de cours de français et d'ateliers de cuisine dispensés par une association, ces éléments au demeurant récents ne suffisent pas à témoigner d'une insertion notable dans la société française. Enfin, s'il soutient ne plus avoir de contacts avec sa famille restée en Guinée, notamment ses frères, il n'établit pas avoir en France des attaches familiales dès lors notamment qu'il est célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".
9. M. A soutient que le préfet de police aurait dû saisir la commission du titre de séjour. Toutefois, il résulte des dispositions citées au point précédent que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que lorsque l'étranger remplit effectivement les conditions prévues par les articles susmentionnés. Or, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A ne justifie pas satisfaire aux conditions prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
11. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A ne justifie que de démarches récentes d'intégration sociale et professionnelle dans la société française. En outre, il apparaît sans charge de famille. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a refusé son admission exceptionnelle au séjour. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
Mme Merino, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026