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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419826

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419826

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419826
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantROUVET ORUE CARRERAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 juillet 2024 et le 22 août 2024, Mme B A, représentée par Me Rouvet Orue Carreras, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 en tant que le préfet de police a rejeté sa demande de certificat de résidence algérien et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien, dans le délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Rouvet Orue Carreras, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une illégalité dès lors que le préfet de police n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une illégalité dès lors que le préfet de police n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topin.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A veuve C, ressortissante algérienne née le 27 juillet 1953, est entrée en France le 10 mars 2013 selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 12 juillet 2023, la délivrance d'un certificat de résidence algérien, sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 19 juin 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'oblige à quitter le territoire français.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. D E, administrateur de l'Etat hors classe, placée sous l'autorité de la préfète déléguée à l'immigration, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les stipulations du 1) l'article 6 de l'accord franco-algérien, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de certificat de résidence algérien présentée par Mme A. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de Mme A, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus dix ans () "

5. Si Mme A allègue qu'elle justifie résider en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté, les pièces qu'elle produit ne sont pas de nature à l'établir. En effet, pour les années 2021 et 2022, elle produit respectivement sept et neuf relevés mensuels de livret A sur lesquels ne figurent qu'un prélèvement automatique au profit d'un fournisseur d'énergie et un très petit nombre de courriers administratifs, lesquels ne sont pas de nature à attester de la réalité de sa résidence habituelle sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En quatrième lieu, un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de police de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen afférant doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme A, qui soutient résider en France depuis 2013 se prévaut de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de ses liens personnels avec la France où réside l'un de ses enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui se déclare célibataire, ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales en Algérie où résident ses trois autres enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 59 ans. Il n'est par ailleurs fait état d'aucune insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme Mme B A veuve C, à Me Rouvet Orue Carreras et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-Descoings

La greffière,

L. Poulain

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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