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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419972

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419972

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419972
TypeDécision
Avocat requérantCABINET MINIER, MAUGENDRE ET ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 22, 24 et 25 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Chastel, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision du 30 mai 2024 par laquelle la directrice des ressources humaines de l'hôpital Robert Debré l'a informé qu'il faisait l'objet d'une procédure disciplinaire en cours et qu'il devait changer d'affectation ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est clairement établi que la décision d'affectation n'est en réalité pas provisoire et tend à lui faire perdre son logement de fonction occupé depuis plusieurs années par sa famille dont un bébé de quelques mois et son fils de 4 ans.

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :

- elle est entachée de l'incompétence du signataire ;

- la matérialité des faits n'est pas avérée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur quant à la qualification de sanction déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, l'AP-HP, représentée par le cabinet Minier Maugendre et associées conclut au rejet de la requête.

L'établissement soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que la mutation est une mesure d'ordre intérieur ;

- la requête est dépourvue d'urgence ;

- la requête ne fait pas état de moyens susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2419973 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code général de la fonction publique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt, vice-président de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de

Mme Poulain, greffière d'audience :

- le rapport de M. Ladreyt ;

- les observations de Me Chastel, représentant M. B ;

- et les observations de Me Lacroix, pour l'AP-HP ;

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 25 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, intégré au service technique de l'hôpital Robert Debré depuis le 3 juillet 2017, travaille pour l'AP-HP depuis le 1er juin 2002. De retour de son congé paternité en février 2024, M. B s'est vu notifier un arrêté de suspension de fonctions à titre conservatoire en date du 24 janvier 2024 pour une période de 4 mois pour des faits de harcèlement sexuel. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés de suspendre la décision par laquelle la directrice des ressources humaines de l'hôpital Robert Debré l'a informé qu'il faisait l'objet d'une procédure disciplinaire en cours et qu'il devait changer d'affectation.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports :

2. D'une part, les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

3. D'autre part, un changement d'affectation revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné, et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

4. L'AP-HP fait valoir que le changement d'affectation de M. B constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours. En effet, elle soutient que le changement d'affectation a été réalisée dans l'intérêt du service. Par ailleurs, il s'agirait d'un changement d'affectation temporaire dans le cadre d'une procédure disciplinaire relatif à des accusations de harcèlement sexuel.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant exerçait antérieurement aux décisions contestées les fonctions de responsable maintenance des installations sanitaires, thermiques et climatiques, au groupement hospitalo-universitaire AP-HP Nord sur le site Robert Debré. Il disposait d'un logement de fonction par nécessité absolue de service depuis le 22 septembre 2017. Par un courrier en date du 30 mai 2024, l'AP-HP a indiqué à M. B qu'il était temporairement affecté à l'hôpital Saint Louis au poste de chargé mise en œuvre de la politique énergétique. Le poste de responsable maintenance des installations sanitaires, thermiques et climatiques consistait notamment à suivre et à mettre à jour des carnets sanitaires " eau et air " et des documents qualité de son département, suivre et contrôler la bonne exécution des clauses du marché d'externalisation, élaborer et rédiger des documents qualité, encadrer les techniciens de son département. Le chargé de la mise en œuvre de la politique énergétique a notamment pour mission de suivre la réalisation d'audits et suivre la réalisation des plans d'actions issues des audits.

6. Il résulte de ce qui précède que si la décision attaquée a nécessairement conduit à une modification des missions et tâches assignées à M. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce changement d'affectation aurait emporté une perte de responsabilités. En effet, les missions du chargé mise en œuvre de la politique énergétique constituent des missions de gestion et de mise en application, tout comme les missions de responsable maintenance des installations sanitaires. Par ailleurs, il n'est pas démontré que le changement d'affectation aurait entrainé une atteinte à ses droits et prérogatives, à l'exercice de ses droits et libertés fondamentales, ou une perte de rémunération. En outre, M. B dispose toujours de son logement fonction, puisqu'il s'agit d'une mesure temporaire. Par suite, la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense par l'AP-HP doit être accueillie et la requête de M. B ne peut, en l'état, qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Assistance publique des hôpitaux de Paris.

Fait à Paris, le 30 juillet 2024

Le juge des référés,

J-P. Ladreyt

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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