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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420104

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420104

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420104
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, M. A D B, représenté par Me Pigot, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, dans le délai de quinze jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " passeport-talent " en qualité de chercheur, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans l'attente du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la condition d'urgence est présumée pour un refus de renouvellement de titre de séjour ; par ailleurs, l'absence de titre de séjour fait obstacle au renouvellement de sa convention conclue avec le laboratoire de recherche INRIA rattaché à l'institut polytechnique et à son voyage en Allemagne avec sa concubine franco-allemande ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il remplit toutes les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité au titre de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces ont été enregistrées le 29 juillet 2024 par Me Tomasi pour le préfet de police.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête enregistrée le 23 juillet 2024 sous le numéro 2420106 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lardinois, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Leterme pour M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans sa requête en précisant qu'il a accompli toutes les diligences possibles en écrivant et en se déplaçant à la préfecture de police afin de débloquer son compte sur la plateforme ANEF et que le courriel du 8 juillet 2024 ne permettant de régler son accès sur ladite plateforme et par suite de faire les démarches nécessaires ;

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête en soutenant que la situation d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant n'a accompli aucune diligence à la suite du courriel en date du 8 juillet lui indiquant les démarches à suivre et qu'il ne démontre pas ne pas pouvoir poursuivre sa convention d'accueil avec l'INRIA en l'absence de titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présenté pour M. B a été enregistrée le 29 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant béninois né le 13 juillet 1994 est rentré en France le 1er septembre 2017 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Il a ensuite vu son titre de séjour en qualité d'étudiant renouvelé puis a obtenu un titre de séjour talent portant la mention " chercheur " valable du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2022. Le 27 juillet 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a été muni de plusieurs récépissés dont le dernier était valable jusqu'au 13 juin 2024. Depuis cette date, M. B fait valoir qu'il ne dispose plus d'un titre autorisant son séjour. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

4. Par la décision contestée, le préfet de police doit être regardé comme ayant refusé de renouveler le titre de séjour délivré au requérant en qualité de chercheur. L'urgence est donc présumée. Si le préfet de police se prévaut de l'absence de diligence de l'interessé pour se voir délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, il résulte de l'instruction que M. B ne pouvait accéder à son compte ANEF permettant d'entreprendre les démarches pour se voir délivrer ledit récépissé. A cet égard, il a sollicité à cinq reprises entre le 10 et le 25 juin 2024, la préfecture de police afin de régler cette situation et de se voir délivrer un récépissé. Les différents courriels automatiques de la préfecture et notamment celui du 8 juillet 2024, ne permettaient pas de débloquer le compte du requérant afin qu'il puisse faire ses démarches. Dans ces conditions, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un diplôme équivalent au grade de master qui mène des travaux de recherche ou dispense un enseignement de niveau universitaire, dans le cadre d'une convention d'accueil signée avec un organisme public ou privé ayant une mission de recherche ou d'enseignement supérieur préalablement agréé se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " d'une durée maximale de quatre ans. Lorsque la convention d'accueil fait état de l'appartenance à un programme de mobilité, la carte de séjour porte la mention " talent-chercheur-programme de mobilité ". Cette carte permet l'exercice d'une activité professionnelle salariée dans le cadre de la convention d'accueil ayant justifié la délivrance du titre de séjour. () ".

6. M. B bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " valable du 1er octobre 2019 au 31 décembre 2022 et qu'il répond aux conditions pour se délivrer le renouvellement de son titre de séjour. Ainsi, le moyen qui n'est d'ailleurs pas contesté, tiré de ce que, en décidant implicitement de ne pas renouveler à M. B une carte de séjour pluriannuel sans invoquer aucun des motifs lui permettant de fonder légalement ce refus de délivrance, le préfet de police aurait méconnu les dispositions de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

7. Dès lors, les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a opposé un refus implicite à la demande de M. B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

9. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de cette même ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de cette même ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

Julien C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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