vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420107 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juillet 2024 et le 29 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Fazolo, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer sur le fondement de l'article 29 du code civil dans l'attente de la décision de l'autorité compétente sur la nationalité de l'intéressé ;
2°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente de celui-ci une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'il dispose de la nationalité française en vertu de l'article 21-7 du code civil ;
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle traduit un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnait son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle traduit un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle méconnait son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les observations de Me Fazolo, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 mars 1998, entré en France en dernier lieu selon ses déclarations au cours de l'année 2009, a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. M. B en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à des amendes les 18 novembre 2021 et 23 août 2021 pour des faits de conduite sans permis et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et à une peine de 105 heures de travaux d'intérêt général le 7 décembre 2022 pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien destiné à l'utilité ou la décoration publique. Si le préfet de police fait valoir que l'intéressé est également " défavorablement connu des services de police " pour des faits de menaces de mort réitérées, de détention non-autorisée d'armes de catégorie B et de violence sans incapacité sur un conjoint, il n'apporte aucun élément de nature à établir le bien-fondé de ces allégations, alors, notamment, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que des poursuites pénales auraient été ouvertes contre M. B à la suite de tels faits. Contrairement aux faits ayant donné lieu aux condamnations prononcées, de tels éléments ne sont dès lors pas de nature à caractériser une menace pour l'ordre public pour l'application des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. D'autre part, il ressort d'abord des pièces du dossier que M. B séjourne de manière continue sur le territoire français depuis au moins l'année 2011 et qu'il y a notamment été scolarisé, comme cela résulte des certificats qu'il produit, entre ses treize et ses dix-huit ans, en dernier lieu en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) métiers de la coiffure. Il ressort ensuite des pièces du dossier que séjournent également en France ses deux parents, titulaires d'une carte de résident, ainsi que ses quatre frères et sœurs, qui sont de nationalité française. Il ressort enfin des pièces du dossier que l'intéressé est père d'un enfant français né à Paris le 19 octobre 2018. Si M. B vit désormais séparé de son fils, qui réside auprès de sa mère à Amiens, le requérant produit néanmoins de nombreuses pièces, notamment des justificatifs de transport, attestant qu'il entretient des liens réguliers avec cet enfant, avec lequel il est parti en vacances au mois d'août 2023, et qu'il contribue tant à son entretien, comme en attestent des virements adressés à sa mère et des factures de courses alimentaires effectuées à proximité du domicile de cette dernière, qu'à son éducation, ainsi que cela résulte des démarches entreprises par le requérant en lien avec la scolarité et avec le handicap dont est affecté son fils.
5. Eu égard aux liens familiaux particulièrement importants dont le requérant dispose sur le territoire français et en l'absence de précisions apportées par le préfet de police sur les infractions reprochées au requérant, qui n'ont été sanctionnées que par des peines limitées, le préfet de police doit être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, en lui faisant obligation de quitter le territoire français et en lui interdisant d'y retourner pour une durée de cinq ans. M. B est donc fondé à soutenir qu'il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ou de renvoyer une question préjudicielle au juge civil sur le fondement de l'article 29 du code civil.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, sauf changement de circonstance de droit ou de fait qui y ferait obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. Il résulte des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de prendre les mesures pour y procéder dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 12 juillet 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de prendre des mesures pour faire procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
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Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
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20/03/2026