vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420206 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CARDOSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 juillet et 5 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Cardoso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à Me Cardoso, son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement si l'aide juridictionnelle n'était pas accordée.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente.
S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision ne contient pas de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ne permettant pas d'identifier l'auteur du rapport médical ainsi que son contenu et de s'assurer que le médecin ne siégeait pas au sein du collège ayant rendu l'avis ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision ne fait pas état d'indications sur la possibilité pour lui de voyager en tenant compte de la particulière fragilité de son état de santé ;
- elle est illégale, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 5 septembre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Rohmer a lu son rapport et entendu les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 6 avril 1999 à Madina-Oula, entré en France le 1er décembre 2019 selon ses déclarations, a demandé, le 6 octobre 2023, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet de police de Paris a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Par la présente requête, M. A en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. C B, attaché d'administration hors classe de l'Etat, adjoint à la cheffe du pôle de l'instruction des demandes de titres de séjour, qui disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du préfet de police n° 2024-00598 du 7 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-271 de la préfecture de Paris du même jour, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police s'est prononcé au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII, qu'il produit à l'instance, du 31 décembre 2023. Il ressort également des pièces du dossier que cet avis a été émis de façon collégiale au regard du rapport médical sur l'état de santé du requérant, établi par un médecin qui n'a pas siégé lors de la séance du collège de médecins. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis du collège des médecins de l'OFII, que l'état de santé de M. A nécessite effectivement une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, il est précisé dans cet avis que " eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié ". Le préfet de police fait état, dans son mémoire en défense, de l'existence au Guinée du médicament Tenofovir que M. A prend dans le cadre de son traitement et de l'existence à Conakry de différents services spécialisés en maladies infectieuses et tropicales, de centres d'imagerie médicale et de radiologie, de laboratoires d'analyses médicales ainsi qu'un professeur spécialisé en lutte contre les maladies virales. Si le requérant produit des certificats médicaux, notamment datés des 17 juillet et 9 octobre 2024 pour les plus récents, ces documents, s'ils font état de ce que l'intéressé souffre d'une pathologie chronique, n'apportent pas la preuve de ce qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié au Guinée. Par ailleurs le rapport sur le système de santé en Guinée versé par M. A, qui date de 2018, ne saurait suffire à établir l'impossibilité pour lui d'accéder à des soins appropriés. Dans ces conditions, le préfet de police a donc pu estimer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que le requérant ne remplissait pas les conditions en vue de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu cet article doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. A, qui a été examiné à l'occasion de sa demande de renouvellement de son titre de séjour et qui a fait l'objet de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 31 décembre 2023, l'empêcherait de voyager. Par suite, en tout état de cause, ce moyen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour n'étant pas illégale, M. A ne saurait exciper de l'illégalité de celle-ci pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En troisième lieu, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant été abrogées par la loi n° 2024-45 en date du 26 janvier 2024, M. A ne saurait utilement les invoquer pour soutenir que sa situation de santé interdit que soit prononcée une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est présent en France que depuis le mois de décembre 2019. Par ailleurs, il ne travaille que depuis juin 2022 en tant que couvreur. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille en France et que sa fratrie réside en Guinée. Par suite, il n'établit pas l'existence d'attaches familiales et privées particulièrement fortes en France. Le préfet n'a ainsi pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A ne saurait exciper de l'illégalité de celle-ci pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En outre, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
12. M. A soutient que le retour en Guinée l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants en se prévalant du coût des traitements, de l'indisponibilités de traitement médicamenteux et de l'absence flagrante de prise en charge adaptée pour les personnes souffrant d'hépatite B, dont il résulterait une détérioration rapide de son état de santé. Toutefois, ces allégations ne sont assorties d'aucune justification, ni d'aucune pièce susceptibles d'établir la réalité du risque allégué, alors qu'il ressort notamment de ce qui a été dit au point 5 qu'un traitement approprié à son état de santé est disponible en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Cardoso et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
B. ROHMER
L'assesseure la plus ancienne,
A. DOUSSET
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026