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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420209

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420209

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420209
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. A C se disant M. B, représenté par Me Embe, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre un terme à sa mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, l'examen du ministre ayant dépassé la question du caractère manifestement infondé de la demande ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande n'est pas manifestement infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Moreau (SCP Saidji et Moreau), conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Guglielmetti à l'effet de statuer sur les recours dirigés contre les refus d'entrée sur le territoire au titre de l'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue à huis clos, à la demande du requérant, pour des motifs tirés du respect de l'intimité des personnes, en application de l'article L. 731-1 du code de justice administrative :

- le rapport de Mme Guglielmetti, magistrate désignée ;

- les observations de Me Embe, avocat représentant M. A C se disant M. B assisté d'un interprète en lingala, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui ajoute qu'il a été battu par sa famille en mai 2024 du fait de son homosexualité ;

- et les observations orales de Me Stefavona, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens n'étant fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C se disant M. B, ressortissant congolais (RDC), demande l'annulation de la décision du 22 juillet 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile.

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ministre chargé de l'immigration peut rejeter la demande d'asile présentée par un étranger se présentant à la frontière du territoire national lorsque ses déclarations, et les documents qu'il produit à leur appui, sont sans pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou, du fait notamment de leur caractère inconsistant ou trop général, incohérent ou très peu plausible, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er, A, 2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la protection subsidiaire.

4. Il ressort des pièces du dossier, qu'à l'appui de sa demande d'asile, le requérant, se déclarant de nationalité congolaise et appartenant à la communauté Missingobe, a fait valoir, qu'en 2014, il entame une relation amoureuse avec un homme jusqu'en 2017. Il soutient qu'en 2014 sa famille l'apprend et le menace ce qui occasionne sa fuite du domicile familial en 2017. Sa famille lui aurait imposé une union avec une femme avec laquelle il a un enfant en 2019. Il ajoute qu'entre 2017 et 2022, il entretient une seconde relation avec un homme et qu'en 2022, il entretient une troisième relation avec un homme. Craignant pour sa sécurité, il est arrivé en France le 20 juillet 2024.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA ainsi que de ses écritures et ses propos à l'audience, que les déclarations du requérant sont dénuées de tout élément personnalisé et circonstancié, notamment s'agissant des circonstances de la rencontre avec son premier partenaire et sur les conditions de sa relation, qu'il dissimulait à ses proches. Aux questions posées en ce sens à l'audience, ses réponses demeurent peu cohérentes s'agissant des circonstances au cours desquelles sa famille aurait eu connaissance de son homosexualité et notamment son épouse. En outre, s'il soutient avoir été battu par sa famille, il tient, s'agissant de cet évènement dont au demeurant il n'a pas fait part à l'OFPRA, des propos contradictoires et peu clairs. Par ailleurs, l'intéressé livre une description peu vraisemblable de la circonstance selon laquelle il aurait été forcé de se marier avec une femme par sa famille alors qu'il soutient avoir changé de ville, ce qui jette un doute sérieux sur la véracité de l'ensemble de ses allégations.

6. Il suit de là qu'en estimant, par sa décision du 22 juillet 2024, que la demande d'asile de M. A C se disant M. B était manifestement infondée et en refusant en conséquence son entrée sur le territoire français au titre de l'asile, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a entaché cette décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation, ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A C se disant M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C se disant M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C se disant M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 31 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. GUGLIELMETTILa greffière,

A.DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2420209/8

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