vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420214 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | FRANCOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire, des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 24, 25, 31 juillet et le 16 août 2024, M. A B F, actuellement retenu au sein du centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative ;
2°) de tenir l'audience à huis clos ;
3°) dans le cas où l'office français de protection des réfugiés et apatrides ne se serait pas encore prononcé, de lui délivrer sans délai et sous astreinte une attestation de demande d'asile, de lui fournir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi qu'une allocation journalière et de lui remettre l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de saisir l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière ; il a été privé de son droit d'être entendu ; il n'a pas été informé sur la procédure de demande d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Madé en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience du 16 août 2024, qui s'est poursuivie hors la présence du public, à la demande du requérant, en application de l'article L. 731-1 du code de justice administrative :
- le rapport de Mme Madé,
- et les observations de Me Castaing, représentant M. B F, assisté de Mme C, interprète en langue portugaise, et de Me Vo représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F, ressortissant brésilien né le 12 juillet 1990, entré en France en avril 2018 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination et d'un arrêté du même jour par lequel le préfet de police a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois. Le 18 juillet 2024, il a été placé en rétention administrative et, le 23 juillet 2024, alors qu'il se trouvait toujours en rétention administrative, il a présenté une demande d'asile. Par arrêté du 24 juillet 2024, le préfet de police a décidé de le maintenir en rétention pendant le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). M. B F demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-000924 du 8 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme E D, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté litigieux, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relèvent les décisions de maintien en rétention, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté qui énonce les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre l'arrêté en litige.
5. En quatrième lieu, M. B F invoque l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et allègue que, en l'absence d'audition préalable sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, la décision portant maintien en rétention a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en violation du respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Ce principe n'implique toutefois pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision de le maintenir en rétention administrative pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA et, en cas de décision de rejet de celle-ci, dans l'attente de son départ, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou sur la perspective de l'éloignement. En l'espèce, M. B F a été entendu dans le cadre de son incarcération, avant sa remise en liberté, sur sa situation personnelle et administrative, sur son état de santé, sur les raisons et conditions de son entrée en France et sur la perspective d'un éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été empêché, depuis son placement en rétention le 18 juillet 2024, ou depuis l'expression, le 23 juillet 2024, de son intention de demander l'asile, d'émettre toutes observations utiles relatives à son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
6. En cinquième lieu, M. B F soutient qu'il ne s'est pas vu remettre d'informations relatives à la procédure de demande d'asile. Toutefois, la méconnaissance de la procédure relative à la demande d'asile d'un étranger placé en rétention administrative est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée portant maintien en rétention. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. "
8. Il est constant que M. B F, entré en France en 2019 selon ses déclarations et y séjournant de façon irrégulière, n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile, et n'a présenté une telle demande qu'après son placement en rétention, le 23 juillet 2024. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé, condamné par jugements des 12 septembre 2022 et 21 juin 2023 du tribunal correctionnel de Paris à des peines successives de 6 et 18 mois d'emprisonnement pour participation au trafic de stupéfiants, a déclaré, dans le cadre de l'audition précédant la levée d'écrou, être venu en France pour y passer des vacances et voir sa famille. Par ailleurs, s'il fait désormais valoir, d'une part, qu'une infection par le virus de l'immunodéficience humaine et une tuberculose pulmonaire lui ont été respectivement diagnostiquées en 2020 puis lors de son incarcération et qu'il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ce qui aura pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, d'autre part, qu'il est homosexuel et craint de subir des violences du fait de son orientation sexuelle au Brésil, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas fait valoir de telles craintes auprès de l'administration préalablement à son placement en rétention. Au surplus, s'il a indiqué à l'audience que le traitement approprié à son état de santé était disponible dans son pays d'origine mais qu'il ne pouvait y avoir effectivement accès compte tenu de son coût excessif, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Par décision du 5 août 2024, l'OFPRA a d'ailleurs rejeté sa demande d'asile. Compte tenu de ces éléments, le préfet de police a pu, sans erreur de droit ni erreur d'appréciation, considérer que la demande de réexamen de la demande d'asile de M. B F était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B F doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B F et au préfet de police.
Décision rendue le 16 août 2024.
La magistrate désignée,
C. MADÉLa greffière,
D. PERMALNAICK
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026