mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420217 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CARDOSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Cardoso, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour assorti dans les deux cas d'une autorisation de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a dû interrompre son activité professionnelle et risque d'être licencié par son employeur et met en danger son équilibre familial, personnel et professionnel ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée de vices de procédure en l'absence de recueil préalable de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et dès lors qu'il n'est pas possible d'identifier l'auteur et le contenu du rapport médical et de s'assurer que le médecin qui l'a rédigé n'a pas siégé au sein du collège des médecins ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de recueil préalable de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision ayant fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- les conclusions présentées contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par le requérant à l'encontre du refus de renouvellement de titre de séjour ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête n° 2420206, enregistrée le 24 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Rezard en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, juge des référés ;
- les observations de Me Cardoso, représentant M. A ;
- les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 6 avril 1999, entré sur le territoire français le 1er décembre 2019, selon ses déclarations, a sollicité le 6 octobre 2023 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet de police a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté en toutes ses dispositions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () " Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "
4. M. A conteste l'appréciation du collège des médecins de l'OFII concernant la disponibilité en Guinée du traitement antiviral par tenofovir, qui contribue avec succès depuis plusieurs années à l'absence de progression de son hépatite B compliquée d'une cirrhose. Toutefois, il se borne à produire à l'appui de ses allégations des certificats médicaux émanant de médecins français qui s'avèrent peu circonstanciés sur la question de l'accessibilité de ce médicament en Guinée et des documents comportant des considérations générales sur l'état dysfonctionnel du système de santé guinéen. Dans ces conditions, et en l'état de l'instruction, son moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pas plus qu'aucun autre des moyens de la requête ne paraît propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède, alors même que la condition tenant à l'urgence est remplie en l'espèce, que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2024 présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, ainsi par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des frais liés à l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Cardoso et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris le 31 juillet 2024.
Le juge des référés,
A. Rezard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1