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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420236

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420236

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420236
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Patureau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision née le 1er avril 2024 du silence gardé par le préfet de police sur la demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent, à titre principal, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la mise à disposition de l'ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de saisir la commission du titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter de la mise à disposition de l'ordonnance et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a demandé le renouvellement de son titre de séjour et qu'aucune circonstance particulière n'est de nature à exclure l'urgence ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 421-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences exceptionnelles qu'elle comporte sur sa situation personnelle.

Le préfet de police a communiqué des pièces le 29 juillet 2024 mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2420237, enregistrée le 24 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Rezard en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, juge des référés ;

- les observations de Me Djeddis, substituant Me Patureau, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui invoque une fin de non-recevoir tiré de l'absence de décision attaquée et fait valoir qu'il n'y a pas urgence dès lors que l'intéressé demeure muni d'un récépissé de demande de titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, né le 31 décembre 1986, entré sur le territoire français au cours de l'année 2014, selon ses déclarations, a sollicité le 1er décembre 2013 le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié. M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 1er avril 2024 du silence gardé par le préfet de police sur cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La circonstance que le préfet de police ait indiqué à l'intéressé être toujours en train d'instruire la demande de renouvellement de titre de séjour qu'il avait présentée n'est pas de nature à faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet à échéance du délai de quatre mois suivant l'enregistrement de la demande prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police ne peut qu'être écartée comme étant infondée.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. M. A demandant la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié, la condition d'urgence doit être regardée comme étant remplie en l'absence de justification par le préfet de police de circonstances particulières susceptibles d'y faire obstacle.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision :

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () " Aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre () d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : () / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire () / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. ".

7. M. A a obtenu le bénéfice d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié, sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais recodifiées à l'article L. 435-1 du même code, valide durant la période comprise entre le 11 juillet 2019 et le 10 juillet 2023, dont le renouvellement lui a été refusé par la décision attaquée. Il résulte de l'instruction que l'intéressé a toutefois séjourné sur le territoire français et cumulé des activités professionnelles à temps partiel en qualité d'agents de propreté auprès de plusieurs sociétés correspondant à un temps complet de manière continue depuis la date de délivrance de sa précédente carte de séjour pluriannuelle. Le préfet de police, qui se borne à faire état de suspicions de fraude, sans établir la réalité de cette dernière, n'apporte aucun élément permettant de considérer que les conditions de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle antérieure ne seraient malgré tout plus remplies. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet de police dans l'application des dispositions combinées des articles L. 435-1 et L. 433-4 du code paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée de refus de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle.

8. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite du 1er avril 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de M. A jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent procède à un nouvel examen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition de l'ordonnance et lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 1er avril 2024 du préfet de police est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition de l'ordonnance et lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. Rezard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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