vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420290 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. D B, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, M. C B, représenté par Me Eliot Sourty, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite intervenue le 18 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son fils C ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que sa famille a prévu d'aller en Tunisie pour les vacances d'été du 26 juillet au 3 septembre 2024, que si son fils peut librement quitter le territoire français, il est soumis à une obligation de visa pour y revenir avec ses parents le 3 septembre 2024, que compte tenu des délais incompressibles pour obtenir un visa, ses parents ont déposé une demande de document de circulation pour étranger mineur de manière diligente dès le 18 avril 2024 alors que leur fils était âgé d'un mois, que la décision en litige a pour effet de compromettre le retour de sa famille en France le 3 septembre 2024, qu'il a posé ses cinq semaines de congés payés pour ce voyage et ne peut se permettre de retarder son retour en France sauf à se mettre en difficulté avec son employeur ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause ;
- cette décision n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son fils remplit les conditions pour la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur car il réside bien en France auprès de ses parents qui sont titulaires d'une carte de résident pour l'un et d'une carte de séjour temporaire pour l'autre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites sur le fondement du II de l'article 21 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations (ministère de l'intérieur) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
M. Medjahed, premier conseiller, a été désigné par le président du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, juge des référés ;
- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, absent, qui conclut au non-lieu à statuer sur la requête et fait valoir qu'elle n'a plus d'objet dès lors que la demande de M. B a fait l'objet, en cours d'instance, d'une décision favorable du 29 juillet 2024 tendant à la délivrance du document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son fils et que le rendez-vous de remise du document dans les services de la préfecture à Paris a été fixé au 12 août 2024.
M. B n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant tunisien né le 30 novembre 1985 agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, C, demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite intervenue le 18 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de document de circulation pour étranger mineur déposée le 18 avril 2024 au bénéfice de son fils.
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement la notion d'urgence. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la décision du juge.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision implicite du 18 juin 2024 rejetant sa demande de document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son fils C, M. B soutient que cette décision privera son fils et, par ricochet, l'ensemble de sa famille de la possibilité de revenir sur le territoire français à l'issue de leurs vacances d'été en Tunisie du 26 juillet au 3 septembre 2024 et qu'il ne peut pas retarder son retour en France car il a posé ses cinq semaines de congés payés pour ce voyage. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B a acheté, le 6 juin 2024, des billets pour un trajet en bateau entre Marseille et Tunis avec un aller le 26 juillet et un retour le 3 septembre 2024 alors que l'instruction de la demande de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son fils était encore en cours. Par ailleurs, il n'a demandé la suspension du refus de délivrance de ce document que le 25 juillet 2024, soit la veille de son départ vers Tunis, alors que ce refus est intervenu le 18 juin 2024. En outre, il ne justifie pas de circonstances particulières exigeant que sa famille se rende en Tunisie du 26 juillet au 3 septembre 2024. Enfin, compte tenu de la date d'introduction de la présente demande en référé, la remise du document de circulation pour étranger mineur sollicité ne peut matériellement intervenir en France qu'après la date de départ de M. B et de sa famille pour Tunis, ce qui implique nécessairement qu'au moins l'un des parents C annule son séjour en Tunisie pour se présenter dans les services de la préfecture de police accompagné de leur enfant afin de récupérer physiquement le document. En tout état de cause, il résulte de l'instruction et notamment des extraits du site internet de l'administration numérique des étrangers en France produits par le préfet de police et non contestés par M. B que sa demande déposée le 18 avril 2024 a été clôturée par les services de l'Etat le 29 juillet 2024 en raison de son caractère incomplet, que la nouvelle demande déposée le 19 juillet 2024 a fait l'objet, en cours d'instance, d'une décision favorable du 29 juillet 2024 tendant à la délivrance du document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de son fils et que le rendez-vous de remise du document dans les services de la préfecture à Paris a été fixé au 12 août 2024. Dans ces conditions, M. B s'est placé lui-même dans une situation qui ne lui permet pas d'invoquer utilement la notion d'urgence. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu opposée en défense, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, M. C B, et au préfet de police.
Fait à Paris le 2 août 2024
Le juge des référés,
N. MEDJAHED
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.