mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420335 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 25 juillet et le 8 août 2024, M. E, représentée par Me Ould-Hocine, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 18 juillet 2024 par laquelle le préfet de police lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui communiquer l'arrêté édicté le 12 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français ;
4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et ce sous astreinte de cent euros par jour de retard ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation administrative ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision du 12 avril 2024 portant interdiction de quitter le territoire français ne lui a jamais été notifiée ;
- la décision du 18 juillet 2024 est dépourvue de base légale en l'absence de décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée tant au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que des articles L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences pour sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens développés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Abdat, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Abdat,
- et les observations de Me Ould-Hocine, représentant M. E, présent, assisté de M. C.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant guinéen né le 8 août 1988 à Kindia (Guinée), est entré en France le 9 juillet 2018 selon ses déclarations. Par une décision du 29 octobre 2020, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par une décision du 12 octobre 2021, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté son recours tendant à l'annulation de cette décision. Par une décision du 12 décembre 2023, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité sa demande de réexamen. Par une décision du 12 avril 2024, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une décision du 18 juillet 2024, il lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. E tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions relatives à la communication de l'arrêté édicté le 12 avril 2024 :
4. L'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de police a obligé M. E à quitter le territoire français a été versé au débat par le préfet de police le 30 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à sa communication au requérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen relatif à la décision du 12 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français :
5. Si M. E soutient que la décision du 12 avril 2024 portant interdiction de quitter le territoire français ne lui a jamais été notifiée, les conditions dans lesquelles un acte administratif est notifié peuvent, dans l'hypothèse d'une notification irrégulière, avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, mais restent toutefois sans influence sur la légalité de cet acte. Par suite, et alors que, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que cette décision lui a été notifiée le 18 avril 2024 à la dernière adresse du requérant connue de l'administration, le moyen tiré d'une notification irrégulière de la décision du 12 avril 2024, qui n'a pas été contestée par le requérant, est inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne le moyen relatif à la décision du 18 juillet 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le préfet de police a pris à l'encontre du requérant une décision portant obligation de quitter le territoire français dont la légalité n'a pas été contestée. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision du 18 juillet 2024 serait dépourvue de base légale.
7. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
10. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
11. En l'espèce, la décision contestée, qui mentionne les considérations de droit sur lesquelles elle se fonde, indique également que M. E indiquait être entré sur le territoire français le 9 juillet 2018 et être célibataire et sans enfant à charge et qu'il avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 12 avril 2024 à laquelle il s'était soustrait. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des circonstances relatives à la situation du requérant, a entaché sa décision d'un défaut de motivation ou méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision contestée.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance "
14. Si le requérant se prévaut de la présence en France de son frère, lequel s'est vu reconnaître la qualité de réfugié, de sa durée de séjour en France, dont il ne justifie pas, et de son insertion dans la société française, il ne verse au dossier aucun élément permettant d'en attester, alors qu'il est au demeurant constant qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, il n'établit pas que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences pour sa situation personnelle, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, laquelle ne porte ni obligation de quitter le territoire français, ni fixation du pays à destination duquel le requérant, qui, en tout état de cause, se contente de répéter les éléments relatifs à sa situation personnelle écartés comme non probants par l'OFPRA puis la CNDA, devrait être éloigné.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 18 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de communiquer à M. E l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel il l'a obligé à quitter le territoire.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
La magistrate désignée,
G. ABDATLe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2420335/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026