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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420355

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420355

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420355
TypeDécision
PublicationD
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 19 août 2024, Mme E, représentée par Me Gonidec (AARPI ALNAÏR), demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce réexamen, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Gonidec au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est signée par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que le signataire disposait d'une délégation de signature et que les autres personnes compétentes ont été empêchées ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où le préfet de police s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou (SELARL Centaure avocats) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2024 à 12 heures.

Un mémoire, produit pour Mme D, a été enregistré le 18 octobre 2024.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët ;

- et les observations de Me Gonidec, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante ivoirienne née le 29 décembre 1981, est entrée en France, selon ses déclarations, au mois d'octobre 2021. Le 6 septembre 2023, elle a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet.

Sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, attaché d'administration hors classe de l'Etat, adjoint à la cheffe du pôle de l'instruction des demandes de titres de séjour, qui disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du préfet de police n° 2024-00598 du 7 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-271 de la préfecture de Paris du même jour. D'autre part, cette délégation de signature a été consentie en cas d'absence ou d'empêchement d'autres autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, les différentes branches du moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doivent être écartées.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les textes dont elle fait application, indique que Mme D ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'avis du

20 décembre 2023 émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont elle indique qu'aucun élément ni aucune circonstance particulière ne justifient de s'écarter, selon lequel son état nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Côte d'Ivoire, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, la décision portant refus de délivrance du titre de séjour demandé par la requérante, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à l'examen de la situation de Mme D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police se serait estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

8. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, il appartient au juge administratif, lorsque le demandeur lève le secret relatif aux informations médicales qui le concernent en faisant état de la pathologie qui l'affecte, de se prononcer sur ce moyen au vu de l'ensemble des éléments produits dans le cadre du débat contradictoire et en tenant compte, le cas échéant, des orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017.

9. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme D sur le fondement des dispositions citées au point 7 ci-dessus, le préfet de police s'est appuyé sur l'avis du 20 décembre 2023 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a estimé que l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Côte d'Ivoire.

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué du 12 juin 2024, l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale en raison d'une infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). La requérante soutient que le traitement qui lui est administré, le " biktarvy ", n'est pas commercialisé en Côte d'Ivoire et ne figure pas sur la liste des médicaments essentiels disponibles dans ce pays et sur la liste des médicaments pris en charge au titre de la CMU ivoirienne. Toutefois, alors que le préfet de police fait valoir que l'accès aux soins antirétroviraux est assuré gratuitement en Côte d'Ivoire et qu'il n'est pas établi qu'un autre médicament ne pourrait pas être substitué à son traitement actuel, la requérante produit un unique certificat médical établi le 2 août 2024 qui ne mentionne pas l'absence de disponibilité des soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine. En outre, elle ne produit aucun document attestant qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé en Côte d'Ivoire au vu des antirétroviraux disponibles dans ce pays. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui résidait en France depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué, est célibataire, sans charge de famille en France alors que ses trois enfants résident en Côte d'Ivoire. En outre, la circonstance qu'elle a ponctuellement exercé une activité professionnelle à temps partiel auprès de plusieurs employeurs aux mois d'août à octobre 2022, juin et juillet 2023 et octobre à décembre 2023 ne permet pas de caractériser une situation professionnelle ancienne et stable en France. Dans ces conditions, Mme D n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France en violation des stipulations précitées.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision de refus de délivrance du titre de séjour demandé par la requérante n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés au point 12 du présent jugement.

16. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, il ressort des pièces du dossier Mme D, qui ne justifie pas de liens privés ou familiaux anciens et stables sur le territoire français, n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où vivent notamment ses trois enfants. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la circonstance qu'elle ait présenté une demande d'asile postérieurement à cette décision faisant seulement obstacle à ce que cette dernière soit mise à exécution tant que l'intéressée bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français au sens de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que les décisions portant refus de délivrance du titre de séjour demandé par la requérante et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, Mme D n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de ces décisions.

19. En second lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés aux points 12, 15 et 16 du présent jugement.

20. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

21. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de cette décision.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 12 juin 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

E. Armoët

La présidente,

M. SalzmannLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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