vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420371 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, le centre d'action sociale de la ville de Paris (CASVP), représenté par la SCP Seban et Associés, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion de M. B A du logement n° AES08/3006 qu'il occupe dans la résidence " Nationale ", située 30, rue Nationale, dans le 13ème arrondissement de Paris dans un délai de 10 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'autoriser le centre d'action sociale de la ville de Paris à procéder, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. A à ses frais, au cas où celui-ci n'a pas libéré le lieu occupé à l'expiration du délai de 10 jours imparti ;
3°) de juger que tous les frais qui pourraient résulter de l'expulsion et de l'évacuation ainsi que les frais de remise en état du logement seront à la charge de M. A ;
4°) de mettre à la charge de M. A une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaître des litiges dans lesquels il demande l'expulsion d'un résident d'un logement d'une résidence qu'il gère, appartenant au domaine public ;
- l'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;
- la condition d'urgence et d'utilité est satisfaite dès lors que l'occupation irrégulière des lieux fait obstacle à ce que ce logement soit attribué à une autre personne figurant sur une liste d'attente comportant plusieurs centaines de personnes et porte ainsi atteinte à la continuité et au bon fonctionnement au service public d'hébergement des personnes âgées auquel est affectée cette résidence ; en outre, l'occupant s'est opposé à une intervention de désinsectisation rendue nécessaire par une invasion de punaises de lit, ce qui compromet la salubrité du logement et de toute la résidence.
La requête a été communiquée à M. A, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 8 août 2024 à 10h00 en présence de Mme Cardon, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Seban, représentant le centre d'action sociale de la ville de Paris.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions qui lui permettent de prononcer éventuellement une astreinte, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
2. Il résulte de l'instruction que, par un contrat de séjour conclu le 13 mai 2014, M. E D a été admis, à compter du même jour, à occuper un logement dans le logement-foyer situé 30, rue Nationale, dans le 13ème arrondissement de Paris. Le contrat de séjour a, en application de son article IX, pris fin le lendemain du jour du décès de M. D, survenu le 20 octobre 2023. Le CASVP a été informé de ce que ce logement était, depuis le décès de M. D, occupé par M. B A, que M. D avait hébergé. M. A ne justifie d'aucun titre l'habilitant à occuper le logement de la résidence " Nationale ". Au demeurant, alors que M. A avait formulé une demande d'accueil à titre dérogatoire au sein de la résidence, cette demande a été rejetée le 19 juillet 2024, dès lors qu'il ne remplit aucune des conditions ouvrant le droit à cet hébergement. Ainsi la demande du CASVP ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
3. En outre, le CASVP justifie, d'une part, du refus de M. A de laisser accéder au local une entreprise de désinsectisation, alors qu'une infestation de punaises de lit y a été découverte, présentant un risque pour la salubrité du logement et de la résidence, et, d'autre part, du grand nombre de personnes en attente d'attribution d'un logement au titre du service public de l'hébergement et de l'aide sociale des personnes âgées. Dans ces conditions, la libération du logement par M. A vise à assurer le fonctionnement normal de ce service public ainsi qu'à respecter l'objectif d'accès égal et régulier des usagers au service et présente, par suite, un caractère d'urgence et d'utilité.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A de libérer, dans un délai de dix jours, le logement qu'il occupe sans droit ni titre dans la résidence " Nationale ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
5. Si l'expulsion ainsi ordonnée autorise le CASVP à faire procéder à la libération des lieux et à l'évacuation des biens meubles aux frais, risques et périls de M. A, il n'entre pas dans l'office du juge des référés d'autoriser le CASVP à demander à l'État, sur le fondement des dispositions du code des procédures civiles d'exécution, le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance. Les conclusions correspondantes du CASVP doivent, par suite, être rejetées.
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. A une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A de libérer dans un délai de 10 jours, à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe sans droit ni titre au sein de la résidence " Nationale ", située 30, rue Nationale, dans le 13ème arrondissement de Paris, dans un délai de 10 jours.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au centre d'action sociale de la ville de Paris et à M. B A.
Fait à Paris, le 9 août 2024.
La juge des référés,
F. C
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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