vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420511 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET BARON, AIDENBAUM & ASSOCIES (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrés le 26 et 29 juillet 2024, Mme C B, M. D N, M. J F, M. G L, M. I K, M. E H, et M. A M, représentés par Me Josseran, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'avis n°1 du 2 juillet 2024 du conseil pédagogique et scientifique (CPS) relatif aux domaines d'études retenus en Master, des 7 avis rendus par le CPS lors de sa séance du 17 mai 2024 et du compte-rendu y afférent, des 7 avis rendus par le CPS lors de sa séance du 30 mai 2024 et du compte-rendu y afférent, de l'avis rendu par la Commission de recherches (CR) le 6 juin 2024, ainsi que du procès-verbal y afférent, de l'avis rendu par la Commission des formations et de la vie étudiante de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine le 4 juin 2024, ainsi que du procès-verbal y afférent, et de la délibération n° 2 du CA du 11 juin 2024 approuvant le report du vote sur le projet d'offre de formation 1er et 2ème cycles pour la période 2025-2030 et de la délibération n°2 du CA du 9 juillet 2024 validant les neuf domaines d'étude du projet de formation 2025-2030, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de suspendre tous affichages au sein de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Val de Seine des programmes pédagogiques des cours de master, soit pour les quatrième et cinquième années pour l'année universitaire 2024-2025, qui seraient la conséquence des décisions dont il est demandé la suspension ;
3°) d'ordonner le maintien des domaines d'études en vigueur pour l'année 2023-2024, pour l'année universitaire à venir 2024-2025 ;
4°) de mettre à la charge de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Val de Seine une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
- elle est satisfaite dès lors que la rentrée des étudiants en master a lieu au mois de septembre, et que si les cours supprimés par les décisions dont il est demandé la suspension ne sont pas ouverts à cette date, les étudiants déjà engagés dans les DE supprimés devront changer d'options et que les autres seront alors engagés de manière irréversible dans d'autres enseignements ;
- la fermeture définitive de ces cours à l'inscription pour la durée du contrat quinquennal passé entre l'ENSAPVS et le ministère de la culture emporte des conséquences graves pour la carrière et la réputation professionnelle des enseignants concernés ;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des décisions :
- la délibération n°2 du conseil d'administration du 9 juillet 2024 est entachée d'un vice de procédure et méconnaît les dispositions de l'article L. 711-1 du code de l'éducation et du décret n°2018-109 du 15 février 2018 relatif aux Écoles nationales supérieures d'architecture en ce qu'il se serait dessaisi de sa compétence ;
- les avis du conseil pédagogique et scientifique sont entachés d'un vice de procédure et méconnaissent les stipulations de l'article 1 du protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'ils constituent une atteinte aux biens ;
- l'avis de la commission de recherche du 6 juin 2024 visé par la délibération n°2 du 11 juin 2024 du conseil d'administration est entaché d'incompétence ;
- l'avis de la commission des formations et de la vie étudiante du 4 juin 2024 est entaché d'incompétence et d'un vice de procédure ;
- la délibération n°2 du conseil d'administration du 11 juin 2024 votée par électronique le 21 juin est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024, l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine, représentée par Me Baron, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser in solidum la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, que les conclusions dirigées contre des avis et des comptes rendus d'instances consultatives sont irrecevables et que les moyens invoqués à l'encontre des délibérations du conseil d'administration ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête n°2420143/5-1par laquelle les requérants demandent l'annulation des actes attaqués ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme O pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Fleury, greffière d'audience, Mme O a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Josseran, représentant les requérants, qui reprend ses écritures et précise qu'en contestant la délibération n°2 du CA du 11 juin 2024, elle a en réalité entendu contester la délibération votée le 21 juin approuvant le projet d'offre de formation pour la période 2025-2030, que 15 des votes électroniques émis le 21 juin l'ont été avant l'heure d'ouverture de la consultation et qu'il n'existe aucune indication sur les noms des votants et que l'ensemble des actes contestés sont entachés de conflits d'intérêt ;
- les observations de Me Carré, qui reprend ses écritures, fait valoir que les requérants n'ont pas d'intérêt à agir contre les délibérations du 11 et du 21 juin 2024 et précise que le service des enseignants des DE supprimés, qui sera fixé à la rentrée, n'emportera très vraisemblablement pas de réaffectation sur d'autres établissements.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération en date du 9 juillet 2024, portant approbation de la refonte des domaines d'études composant l'offre pédagogique de Master au titre du projet de formation 2025-2030, le conseil d'administration de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine a décidé de modifier le programme de Master pour la période 2025-2030 par anticipation, soit dès la rentrée de septembre 2024. Cette restructuration a eu notamment pour effet de retenir la création de neuf nouveaux domaines d'étude (DE) et de supprimer deux DE existants, dont le DE Ami au sein duquel enseignent, entre autres, Mme C B, M. D N, M. J F, M. G L, M. I K, M. E H et M. A M. Par la présente requête, ces derniers demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de tous les actes ayant concouru à cette modification des programmes pédagogiques dès la rentrée universitaire 2024.
Sur les conclusions de la requête :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.
4. Pour justifier de l'urgence, les requérants font valoir, d'une part, que les étudiants ayant achevé cette année la première année des DE supprimés seront obligés de changer de cursus à la rentrée 2024 et que les étudiants entrant en première année de Master en septembre 2024 ne pourront pas bénéficier de cette formation. Toutefois, à supposer même que les requérants, personnes physiques, puissent utilement invoquer l'atteinte causée à des intérêts de tiers, il résulte de l'instruction que des mesures transitoires sont prévues pour offrir aux anciens étudiants des DE supprimés un encadrement particulier leur permettant d'achever leur cursus dans de bonnes conditions. Par ailleurs, les requérants n'apportent aucun élément précis permettant de caractériser la spécialité des enseignements proposés dans ces DE et l'impossibilité de leur substituer des options dispensées au sein d'autres DE, sans nuire de manière grave à la qualité de la formation dispensée par l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine.
5. Les requérants relèvent, d'autre part, que la restructuration du programme de Master a pour conséquence de les obliger à modifier leurs enseignements, les expose au risque de ne plus enseigner dans des domaines en cohérence avec leurs spécialités de recherche et pourrait porter atteinte à leur réputation professionnelle. Toutefois, il est constant que les requérants n'ont aucun droit acquis au maintien de leurs enseignements et le préjudice de carrière qu'ils invoquent présente un caractère purement éventuel. Par ailleurs, ils n'établissent pas, et ne soutiennent d'ailleurs pas sérieusement, que la restructuration des programmes pourrait avoir pour conséquence de les amener à effectuer une partie de leur service au sein d'autres écoles d'architecture ou dans le cadre de tâches autres que d'enseignement et de recherche.
6. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que l'exécution des différents actes ayant concouru à la modification des programmes pédagogiques de Master au sein de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à leurs situations propres, à l'intérêt général ou à celui de leurs étudiants.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête et, le cas échéant, sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des actes contestés.
Sur les frais de justice :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner les requérants, in solidum, à verser à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine, la somme totale de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B et autres est rejetée.
Article 2 : Mme B, M. N, M. F, M. L, M. K, M. H et M. M sont condamnés à verser, in solidum, une somme totale de 2 000 euros à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, première dénommée, et à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Val de Seine.
Fait à Paris, le 9 août 2024.
La juge des référés,
K. O
La République mande et ordonne à la ministre de la culture et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.