mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420512 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 juillet, 11 août et 22 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Abdalli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 du préfet de police en tant qu'il a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de lui enjoindre de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :
- elle méconnait les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de ces mêmes articles ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a méconnu son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 22 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Topin ;
- et les observations de Me Abdalli, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 14 juin 1984, entré en France, le 26 février 2014, selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien, sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par des décisions du 12 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, et notamment des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur un motif de menace pour l'ordre public.
3. Pour rejeter la demande de renouvellement de certificat de résidence, présentée par
M. A sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de police a fondé sa décision de refus sur l'unique motif tiré de que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, le 21 mai 2021, par le tribunal judiciaire de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, pour des faits commis entre le 1er mai et le 31 mai 2020, après avoir été placé sous contrôle judiciaire à compter du 12 février 2021 pour les mêmes faits. De plus, l'intéressé a fait l'objet d'un nouveau placement sous contrôle judiciaire par ordonnance du 9 mars 2023 du juge des libertés et de la détention, pour des faits de harcèlement d'une personne étant ou ayant été conjoint, suivi d'incapacité supérieure à huit jours, et pour dégradation des conditions de vie altérant la santé, pour des faits commis entre le 1er juin 2022 au 7 mars 2023, jusqu'à sa comparution devant le tribunal correctionnel de Paris le 6 septembre 2023. Cette ordonnance soumet le requérant à l'obligation de ne pas se rendre à l'adresse ou aux abords de sa conjointe, de ne pas détenir ou porter une arme, de s'abstenir de recevoir, de rencontrer ou d'entrer en relation de quelque façon que ce soit avec elle, et de se soumettre à des mesures de traitement ou de soins et en justifier à l'audience. Si M. A minimise la gravité des faits reprochés et impute la responsabilité à sa conjointe, victime des faits, d'une part il ne soutient pas que sa condamnation par le juge pénal ne serait pas définitive et d'autre part il ne conteste aucun des faits reprochés. Au regard du caractère grave et récent de ces faits pour lesquels l'intéressé a été condamné ou fait l'objet de poursuites, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la présence de M. A en France constitue une menace pour l'ordre public et en lui refusant la délivrance du certificat de résidence pour ce motif.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
5. M. A soutient qu'il est entré en 2014 en France, où il a déplacé ses intérêts personnels, professionnels et familiaux, et qu'il est dépourvu de toute attache personnelle et familiale en Algérie. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est père de deux enfants mineurs, nés respectivement en 2008 en Algérie, et en 2014 à Paris, il n'apporte, contrairement à ses allégations, aucun élément établissant qu'à la date de la décision attaquée, il contribuait à leur entretien et éducation alors même que les enfants résidaient avec leur mère. De plus, il se prévaut de l'exercice d'une activité salariée pérenne, mais se borne à produire un contrat de travail à durée déterminée, conclu le 2 octobre 2023, pour le poste d'employé-réparateur d'équipements, et deux bulletins de salaire pour avril et juillet 2024. Si M. A allègue l'absence de liens avec son pays d'origine, il ressort de ses déclarations auprès du préfet de police que son père y vit. Enfin, ainsi qu'il a été précisé au point 3. du présent jugement, M. A a commis des faits graves et récents de nature à compromettre l'ordre public Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le préfet de police a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et en particulier la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs M. A n'est pas fondé à soutenir le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions, précitées, sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne la décision portant obligation à quitter le territoire français :
6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
7. En second lieu, pour les motifs exposés au point 5., les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
8. Au regard de la circonstance que M. A est père de deux enfants qui résident en France, M. A est fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Cette décision doit par conséquent être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens au soutien des conclusions à fin d'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A réclame au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 juillet 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Topin, président ;
- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;
- Mme Perrin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
La présidente-rapporteure,
E. Topin
L'assesseure la plus ancienne,
N. Marik-DescoingsLa greffière,
L. Poulain
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026