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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420522

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420522

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420522
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C, un ressortissant comorien, contestant le refus du ministre de l'intérieur de l’autoriser à entrer en France au titre de l’asile. Le tribunal a jugé que le ministre n’avait pas commis d’erreur de droit en appréciant la crédibilité des déclarations du requérant pour déterminer le caractère manifestement infondé de sa demande. Il a estimé que le récit de M. C, concernant les persécutions liées à son homosexualité, était entaché de contradictions et d'imprécisions, le rendant manifestement dépourvu de crédibilité. La décision s’appuie sur les articles L. 351-1 et L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2024, M. A C, retenu en zone d'attente de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle (Roissy), représenté par Me Goba, demande au tribunal d'annuler la décision du 26 juillet 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé sa demande d'entrée sur le territoire au titre de l'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être réacheminé.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce que le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est livré à une appréciation du bienfondé de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile n'est pas manifestement infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B à l'effet de statuer sur les recours dirigés contre les décisions de refus d'entrée sur le territoire au titre de l'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Goba, représentant M. C, et les observations orales de M. C, assisté de M. D, interprète en langue comorienne, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Stefanova, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant comorien né le 16 mai 1995, s'est présenté au poste frontalier de l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle (Roissy) le 23 juillet 2024 et a sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision en date du 26 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé sa demande d'entrée sur le territoire au titre de l'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être réacheminé. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente () pour vérifier : () / 3° () si sa demande n'est pas manifestement infondée. " L'article L. 352-1 du même code dispose que : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. "

3. Il résulte de ces dispositions que le ministre de l'intérieur et des outre-mer peut refuser à un étranger l'entrée sur le territoire national en raison du caractère manifestement infondé de sa demande d'asile présentée aux frontières lorsque les déclarations de celui-ci, et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A (2) de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la protection subsidiaire.

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas commis d'erreur de droit en appréciant la crédibilité des déclarations faites par le requérant, afin de se prononcer sur le caractère manifestement infondé de sa demande d'asile.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. C telles que consignées dans le compte-rendu d'entretien avec l'officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), que celui-ci, de nationalité comorienne, allègue avoir pris conscience de son homosexualité à l'âge quinze ans, dans le cadre de sa participation avec d'autres jeunes hommes de son âge à une équipe de football, et avoir entretenu, pour la première fois, à compter de l'année 2023, une relation avec un homme, dont les répercussions, une fois découverte, ont justifié son départ de son pays d'origine.

6. Toutefois, le récit de M. C apparaît entaché de contradictions et imprécisions. Ainsi, la description donnée par M. C de sa relation avec la personne dénommée Abdallah A est peu claire, l'intéressé soutenant, lors de son entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA, que sa rencontre avec son partenaire date du 20 juillet 2023, alors qu'il mentionne, au cours de l'audience publique, le 20 octobre de la même année, et a eu lieu lors d'un événement sportif, avant de faire référence, lors du même entretien, à un concert. En outre, il apporte des explications contradictoires sur l'origine des menaces ayant justifié son départ des Comores, dont la nature demeure imprécise. Ainsi, s'il soutient, lors de son entretien individuel, que c'est la crainte de la réaction de son oncle, une fois découverte sa relation avec la personne dénommée Abdallah A, qui l'a immédiatement conduit à se cacher chez un ami et à organiser son départ vers la Tanzanie puis la France, il allègue, lors de l'audience publique, que ses craintes proviennent d'abord des habitants et, en particulier, de jeunes personnes de son quartier et de membres de la mosquée. Ainsi, les menaces auxquelles M. C soutient être exposé en cas de retour dans son pays d'origine n'apparaissent pas crédibles. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu considérer que la demande d'asile de M. C était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Décision rendue le 2 août 2024.

Le magistrat désigné,

A. BLa greffière,

D. MIGEON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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