lundi 18 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420564 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | HARIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Harir, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", ou à titre subsidiaire, " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'une erreur d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est, par voie d'exception, entachée d'illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est, par voie d'exception, entachée d'illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article
L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soutenus par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 6 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Guglielmetti a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 4 août 1995, est entrée en France le 1er août 2007 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour pluriannuels en qualité d'étudiante, dont le dernier valable du 18 février 2021 au 17 février 2023. Le 9 mars 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services de la préfecture de police. Par un arrêté du 11 juin 2024, le préfet de police a refusé de lui renouveler le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Elle demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an (). "
3. Pour refuser à Mme A le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance qu'elle n'a pas suivi de formation au titre de l'année 2021-2022, qu'après deux redoublements, une année blanche et un changement de cursus, elle n'établissait pas le caractère réel et sérieux de ses études. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France le 1er août 2007 sous couvert d'un visa de court séjour et résidant régulièrement en France depuis lors, a obtenu une licence de droit le 5 juillet 2018 au sein de l'Université Panthéon-Assas Paris II. L'intéressée s'est ensuite inscrite à trois reprises au titre des années 2018-2019, 2020-2021, et 2021-2022 en première année de Master de droit " mention droit des affaires " au sein de cette même université, qu'elle n'est finalement pas parvenue à valider. Alors que Mme A fait valoir des difficultés liées à son isolement lors de la crise sanitaire et à son état de santé, notamment un état dépressif, et la sélectivité et la difficulté de ce cursus, il ressort des pièces du dossier qu'elle a obtenu la moyenne de 8,86/20 au titre de l'année 2019-2020 et 9,13/20 au titre de l'année 2020-2021, en validant ainsi deux unités sur trois, et qu'elle a effectué un stage au sein de la société Véolia, auprès du service juridique de la Direction des filiales spécialisées en Afrique et Moyen-Orient, de janvier 2021 à juin 2021, dont la responsable a attesté de son sérieux et son professionnalisme. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les difficultés ainsi rencontrées seraient dues à un manque d'assiduité et de sérieux. Enfin, si la requérante fait valoir qu'elle a effectué de nombreuses démarches afin de trouver un cursus qui correspondait à ses aspirations professionnelles au titre de l'année 2021-2022, il ressort des pièces du dossier qu'elle a ensuite été admise en première année du Master spécialisé en management international de la Skema Business School pour l'année scolaire 2022-2023. Elle produit à ce titre une attestation faisant état de son implication et de son sérieux lors de cette scolarité, pour laquelle elle établit avoir obtenu une moyenne de 13,8/20, et une attestation établie par le responsable pédagogique du master indiquant qu'elle est admise en deuxième année, laquelle est une année diplômante. Par conséquent, et alors que Mme A a obtenu plusieurs renouvellements de son titre de séjour, dont en dernier lieu le 18 février 2021 jusqu'au 17 février 2023, elle est fondée à soutenir que c'est par une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a refusé de renouveler une nouvelle fois son titre de séjour mention " étudiant ".
4. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A un titre de séjour mention " étudiant ", sous réserve de tout changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 11 juin 2024 du préfet de police est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A un titre de séjour mention " étudiant " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Guglielmetti
La présidente,
Signé
M. SalzmannLa greffière,
Signé
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2420564
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026