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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420637

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420637

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420637
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant roumain, contestant l'arrêté du préfet de police du 28 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulièrement signé par une autorité délégataire et suffisamment motivé. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire, le tribunal a estimé que le comportement personnel de M. A constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public, justifiant la mesure sur le fondement des articles L. 251-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conformément au principe de proportionnalité de la directive 2004/38/CE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 juillet et 6 août 2024, M. D A, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2024, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elle sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le principe de proportionnalité garanti par l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle viole la liberté de circulation garantie par la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces, enregistrées le 7 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2004/38/CE du Parlement et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ostyn en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- les observations de Me Kadri, avocate commis d'office, représentant M. A, absent ;

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant roumain né le 3 juillet 1999, a fait l'objet le 28 juillet 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation de ces décisions, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen individuel de la situation du requérant dirigé contre les décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres : " () les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union (). 2. Les mesures d'ordre public ou de sécurité publique doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées exclusivement sur le comportement personnel de l'individu concerné. L'existence de condamnations pénales antérieures ne peut à elle seule motiver de telles mesures. Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a fondé la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A sur la circonstance que celui-ci a été signalé par les services de police le 27 juillet 2024 pour des faits de port sans motif légitime d'arme de catégorie D, commis à Paris, et qu'il est connu défavorablement pour des faits commis entre 2014 et 2024 de vol en réunion, vol à la titre, conduite d'un véhicule sans permis, violences habituelles suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de transport et détention de stupéfiants et de rébellion. Si M. A fait valoir que les faits pour lesquels il a été interpellé le 27 juillet 2024 ont donné lieu à une décision de relaxe par le tribunal correctionnel, il ne produit pas à l'instance ladite décision, alors qu'il ressort du procès-verbal de son audition qu'il a reconnu avoir commis les faits qui lui étaient reprochés. Par ailleurs, M. A soutient que les signalements sur lesquels se fonde le préfet de police n'ont donné lieu qu'à une seule condamnation pénale en 2020, pour laquelle il a exécuté sa peine. Toutefois, la circonstance que les signalements n'aient pas donné lieu à une condamnation pénale ne saurait exclure par principe que le requérant constitue une menace à l'ordre public. En l'espèce, il résulte du nombre de signalements dont a fait l'objet le requérant depuis 2014, ainsi que du caractère récent des faits de port d'arme de catégorie D prohibé qu'il a reconnus, alors même qu'il affirme que l'interdiction de circuler sur le territoire français prononcée à son encontre en 2021 venait d'arriver à échéance, que M. A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions des articles L. 251-1 et le principe de proportionnalité prévu par l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

7. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5, s'agissant notamment du caractère récent des faits signalés alors que, selon ses déclarations, l'interdiction de circuler sur le territoire français ayant été prononcée en 2021 à l'encontre du requérant venait d'arriver à échéance, que le comportement personnel de l'intéressé représente, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, qui justifie l'urgence à l'éloigner. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'erreur d'appréciation ne peut être accueilli.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

8. En premier lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée méconnaît la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, celle-ci autorise les Etats membres à restreindre la liberté de circulation d'un citoyen de l'Union pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique et que le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société, formule que reprend le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le préfet de police a, à bon droit, considéré que M. A constituait une telle menace. Dès lors, le requérant ne peut soutenir que le préfet de police aurait porté atteinte à son droit à la libre circulation.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

10. M. A fait notamment valoir, au soutien de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant vingt-quatre mois, que ses attaches familiales se trouvent en France, où résident son épouse et son fils âgé de 7 ans. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément de preuve permettant de tenir cette allégation pour établie. En particulier, il ne fournit pas d'éléments démontrant qu'il contribue à l'éducation de son fils, alors qu'il n'a pas fait mention, lors de son audition par les services de police du 27 juillet 2024, des liens avec ce dernier. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. A constitue une menace à l'ordre public. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a décidé d'interdire à M. A de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.

Décision rendue le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

I. OSTYNLa greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2420637/8

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