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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420730

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420730

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420730
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ETIENNE BATAILLE, JULIEN TAMPE (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024 sous le n° 2420730, M. A D, représenté par Me Bataille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " passeport talent " au titre de l'investissement économique ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivée, méconnaît les articles L. 421-18 et R. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur de fait, révélant ainsi un examen insuffisamment approfondi de sa demande, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour, qui la fonde, elle est insuffisamment motivée, méconnaît le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fonde, elle est insuffisamment motivée, et méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024 sous le n° 2420742, Mme B C épouse D (Mme D), représentée par Me Bataille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " passeport talent (famille) " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivée, méconnaît les articles L. 421-18 et R. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur de fait, révélant ainsi un examen insuffisamment approfondi de sa demande, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour, qui la fonde, elle est insuffisamment motivée, méconnaît le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fonde, elle est insuffisamment motivée, et méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Raimbault,

- et les observations de Me Canto, substituant Me Bataille, pour M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " passeport talent " au titre de l'investissement économique, valable du 3 août 2018 au 2 août 2022. Par voie de conséquence, son épouse, Mme D, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " passeport talent (famille) ", valable durant la même période. Ils ont tous deux demandé le renouvellement de ces titres, qui leur a été refusé par deux arrêtés du 1er juillet 2024 portant, en outre, obligations de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement. Par les deux requêtes susvisées, M. et Mme D demandent, chacun pour ce qui le concerne, l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Les deux requêtes mentionnées dans les visas sont relatives à la situation des deux membres d'un même couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un unique jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne M. D :

3. Aux termes de l'article L. 421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-porteur de projet " d'une durée maximale de quatre ans, l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : () 3° Il procède à un investissement économique direct en France. " L'article R. 421-35 du même code, qui doit être regardé comme pris pour l'application du 3° de son article L. 421-16 précité, dispose que : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " prévue à l'article L. 421-18 peut être regardé comme procédant à un investissement économique direct au sens du même article lorsque, personnellement ou par l'intermédiaire d'une société qu'il dirige ou dont il détient au moins 30 % du capital, il remplit les conditions cumulatives suivantes : / 1° Créer ou sauvegarder ou s'engager à créer ou sauvegarder de l'emploi dans les quatre années qui suivent l'investissement sur le territoire français ; / 2° Effectuer ou s'engager à effectuer sur le territoire français un investissement en immobilisations corporelles ou incorporelles d'au moins 300 000 euros. "

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une convention d'ouverture du capital conclue le 3 août 2023, M. D s'est engagé à apporter à la société Green Park Hôtel la somme de 300 000 euros, dont 1 300 euros par achat d'actions et le reliquat en compte courant d'associé, sommes qu'il a effectivement versées à la fin de l'année 2023. La société a recruté sept personnes. M. D remplit ainsi les conditions prévues par les dispositions précitées et le préfet de police, en estimant que les sommes qu'il avait investies en France n'avaient pas créé ou sauvegardé d'emploi, a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne Mme D :

5. Aux termes de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé d'au moins dix-huit ans, le conjoint de l'étranger mentionné aux articles L. 421-9, L. 421-11 et L. 421-14 à L. 421-21 se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " d'une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de son conjoint. "

6. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. D avait droit à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme D avait droit à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) ". En refusant de lui délivrer ce titre au motif que son conjoint n'avait pas droit au titre " talent-porteur de projet ", le préfet de police a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, les décisions par lesquelles le préfet de police a refusé de renouveler les titres de séjour de M. et Mme D doivent être annulées ainsi que, par voie de conséquence, les deux arrêtés du 1er juillet 2024 en l'ensemble de leurs dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Les motifs d'annulation du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. et Mme D des titres de séjour portant, respectivement, les mentions " talent-porteur de projet " et " passeport talent (famille) ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans cette attente, ils seront munis sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 750 euros à la charge de l'Etat à verser à chacun des époux D, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les deux arrêtés du préfet de police du 1er juillet 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. et Mme D des titres de séjour portant, respectivement, les mentions " talent-porteur de projet " et " passeport talent (famille) ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de les munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 750 euros à chacun des époux D, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C épouse D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Gaël Raimbault, premier conseiller,

Mme Paule Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. RaimbaultLa présidente,

A. SeulinLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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