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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420731

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420731

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420731
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, ce dernier non communiqué, M. B C, représenté par Me Philippon demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis Schengen et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant cinq ans ;

2°) d'enjoindre à la préfecture de police de lui délivrer une carte de résident de dix ans ou à défaut un titre de séjour pluriannuel, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la date de notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente, elles sont insuffisamment de motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-6, L. 411-4 alinéa 10 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 relatives à la protection des droits de l'enfant, elles sont aussi entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant un délai de retour volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, elle a été prise en violation de L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire est illégale en raison de l'illégalité l'obligation de quitter le territoire, elle a été prise en violation des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 relatives à la protection des droits de l'enfant, elle est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Philippon, représentant M. C.

Une note en délibéré a été enregistrée le 11 octobre 2024 pour M. C et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien né le 24 juillet 1979 et entré en France en mars 2008, a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et une carte de résident sur le fondement des articles L. 411-4 alinéa 10 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de police a refusé le renouvellement de sa carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant cinq ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (). ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

4. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour et la demande de délivrance d'une carte de résident de M. C sur le fondement des articles L. 411-4 alinéa 10 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de la menace à l'ordre public, en raison d'une " condamnation du 26 février 2024 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans d'emprisonnement avec sursis simple, interdiction de gérer pendant cinq ans et 3 000 euros d'amende pour escroquerie faite au préjudice d'un organisme de protection sociale pour l'obtention d'une allocation ou prestation indue, recours en bande organisée au service d'une personne exerçant un travail dissimulé, aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou dans un Etat partie à la convention de Schengen en bande organisée, usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, faux, altération frauduleuse de la vérité dans un écrit et usage de faux en écriture " et de la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police pour " menace de délit contre les personnes faite sous condition le 13 décembre 2010 ". Toutefois, s'il est constant que M. C a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris le 4 juillet 2024 et non le 26 février 2024 pour les faits de délit susmentionnés commis sur la période du 19 décembre 2016 au 5 février 2019, ces faits ne semblent pas avoir été réitérés et sont au demeurant contestés, appel ayant été interjeté le 10 juillet 2024 du jugement du tribunal correctionnel. D'autre part, pour les faits du 13 décembre 2010 qui aurait été commis plus de quatorze ans avant la décision attaquée, le préfet de police ne démontre pas qu'ils auraient donné lieu à des poursuites judiciaires. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C réside régulièrement en France depuis 2008, qu'il est marié avec une ressortissante française depuis 2017, qu'il est père de trois enfants mineurs issus de cette union et qu'il est gérant depuis 2016 d'une société qui exploite des véhicules de tourisme avec chauffeur. Dans ces conditions, et alors que la commission du titre de séjour a émis un avis favorable à la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C, en dépit des faits commis par ce dernier, le préfet de police, en refusant de renouveler son titre de séjour, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son droit au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que l'autorité administrative délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 12 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente ;

M. Gaël Raimbault, premier conseiller ;

Mme Paule Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A. A

L'assesseur le plus ancien,

G. RaimbaultLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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