jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420739 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DUMAZET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet et 25 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Dumazet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de cette notification et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence et insuffisamment motivées, elles méconnaissent l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, elles méconnaissent également l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 11 de la charte sociale européenne relative au droit à la santé ;
- le préfet, qui a omis de se prononcer sur la possibilité de délivrance d'un titre de séjour au titre des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas étudié sa situation personnelle avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français, n'a pas examiné sa situation de manière suffisamment approfondie ;
- il a méconnu l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ supérieur à trente jours est entachée d'erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision du 11 juillet 2024, M. C s'est vu reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte sociale européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Dumazet, pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, que M. B, adjoint à la cheffe de du pôle de l'instruction des demandes de séjour, s'est vu régulièrement déléguer la signature du préfet de police en vue de signer les décisions litigieuses, de sorte que le moyen tiré de son incompétence doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " A cet effet doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police " et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Dans le cas prévu au 3° de l'article
L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. "
4. L'arrêté litigieux mentionne notamment la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les circonstances de fait qui ont conduit le préfet à refuser de renouveler le titre de séjour de M. C et notamment le contenu de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il cite également l'article L. 612-1 du même code et indique que l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Les décisions portant refus de renouvellement du titre de séjour et octroyant un délai de départ volontaire de trente jours sont ainsi suffisamment motivées au sens des dispositions précitées. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. M. C se prévaut d'une résidence habituelle et stable sur le territoire français depuis 2012, sans l'établir pour les années antérieures à 2020. Il n'établit pas la réalité de ses liens familiaux en France, alors qu'il réside dans un studio dont le bail est à son seul nom, ni être particulièrement proche de ses frères, dont il soutient sans produire aucune pièce qu'ils y résident régulièrement et habituellement et il travaille par ailleurs en tant qu'agent de propreté seulement depuis septembre 2022. Ainsi, il ne résulte pas de cette durée de présence et de cet emploi que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait en France alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches en République démocratique du Congo, pays où résident les autres membres de sa famille et qu'il a quitté au plus tôt à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions litigieuses.
7. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de décisions refusant le renouvellement d'un titre de séjour, obligeant à quitter le territoire français et octroyant un délai de départ volontaire de trente jours.
8. En cinquième lieu, les stipulations des articles 11 et 12 de la Charte sociale européenne, par lesquels les Etats contractants s'engagent à prendre des mesures appropriées en vue de réaliser divers objectifs de santé publique, ne produisent pas d'effet direct à l'égard des nationaux de ces Etats. Par suite, elles ne peuvent être invoquées utilement à l'appui d'un recours en excès de pouvoir.
9. En sixième lieu, dès lors que M. C n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'avait pas à examiner d'office un éventuel droit à se voir délivrer un titre sur un tel fondement. Il ne ressort par ailleurs ni des motifs de la décision attaquée, ni d'une autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas examiné de manière approfondie sa situation personnelle préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux.
Sur les autres moyens dirigés contre le refus de renouvellement du titre de séjour :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. " L'article R. 425-12 du même code dispose que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. "
11. D'une part, à supposer que M. C invoque un moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il ne résulte ni de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précité, ni d'aucune autre disposition ou principe que le médecin rapporteur avait obligation de le convoquer pour l'examiner. Par ailleurs, dès lors que le collège a estimé que les traitements rendus nécessaires par son état de santé étaient disponibles dans son pays d'origine, l'avis n'avait pas à se prononcer sur la durée des soins nécessités en France par son état de santé. Il n'avait pas non plus à se prononcer sur sa situation familiale. Enfin, dès lors que cet avis, communiqué à l'administration préfectorale, est rédigé, conformément aux dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé pris pour son application, de manière à respecter le secret médical, il ne pouvait comporter de considérations détaillées relatives aux traitements disponibles en Côte-d'Ivoire, à la pathologie dont souffre M. C ou aux traitements qu'elle nécessite.
12. D'autre part, à supposer que M. C, en indiquant au soutien du moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées que " c'est à tort que le Préfet de police, dans la décision attaquée, soutient que Monsieur C pourrait bénéficier d'un traitement approprié en République démocratique du Congo ", entende soulever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, il ressort de la liste nationale des médicaments essentiels de ce pays que le ténofovir, substance active du médicament " Viared " qui lui est prescrit, y est disponible, contrairement à ce qu'indiquent les certificats médicaux très peu circonstanciés produits par l'intéressé. Celui-ci n'établit pas qu'une éventuelle mise à jour de cette liste aurait conduit à en exclure cette substance. Le moyen doit, par suite, être écarté.
13. En second lieu, dès lors que le préfet a fondé sa décision sur la circonstance que M. C ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, et pas sur l'article L. 432-1-1 du même code, le moyen tiré de la méconnaissance de ce dernier est inopérant.
Sur l'autre moyen dirigé contre la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. "
15. En se bornant à faire valoir que son état de santé aurait dû conduire le préfet de police à lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, alors même qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le traitement rendu nécessaire par l'état de santé de M. C est disponible en République démocratique du Congo, l'intéressé n'établit pas que les dispositions précitées auraient été méconnues.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Dumazet et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. DLa présidente,
A. Seulin
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026