lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420827 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 juillet 2024, le 1er et le 5 août 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
Sur les moyens communs aux décisions :
- les décisions sont prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le requérant relevait de la procédure de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non de celle de l'article L. 611-1 du même code.
Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il a hébergement stable.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité ;
- la décision n'a pas pris en compte tous les critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile pour fixer la durée de l'interdiction ;
- le préfet n'a pas pris en compte comme circonstance humanitaire sa demande d'asile en Slovénie.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile ;
- elle est illégale dès lors que le requérant est demandeur d'asile en Slovénie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Voillemot en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de Mme Voillemot ;
- Les observations orales de Me Senyurek, avocat commis d'office, représentant
M. A qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;
- Et les observations orales de Me Camus, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité marocaine, demande l'annulation de l'arrêté du
29 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne toutes les décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre les décisions litigieuses. Le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé doit, par suite, être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. Le requérant ne produit aucun élément au sujet de la durée de son séjour ni de son intégration dans la société française et déclare être célibataire et sans enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 611 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A dispose d'un document de voyage ou est entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, la situation de M. A entre dans le champ des dispositions précitées. En outre, s'il déclare être demandeur d'asile en Slovénie, il ne l'établit pas en se bornant à produire une carte en slovène, non traduite, mentionnant les dates du 2 août 2023 et du 30 août 2023 et donc expirée depuis presqu'une année. Il n'apporte d'ailleurs aucune précision sur la situation qui serait la sienne au regard de l'asile dans ce pays depuis la date d'expiration de la carte qu'il produit. Dans ces circonstances, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'erreur de droit ni d'appréciation en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre.
En ce qui la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision relative au délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
11. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de police a indiqué qu'il était entré irrégulièrement en France, a précisé qu'elle n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, que son comportement a été signalé par les services de police le 28 juillet 2024 pour agression sexuelle par personne en état d'ivresse manifeste et menaces réitérées de crime contre ces personnes. Si le requérant conteste qu'il constitue une menace pour l'ordre public et nie les faits faisant l'objet du signalement, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des procès-verbaux produits par le préfet de police, que des témoins et une victime ont relaté son comportement à l'égard d'une jeune femme dans une boîte de nuit. En outre, il ne ressort par ailleurs pas des termes de la décision attaquée que le préfet de police, en se fondant sur les premiers motifs de fait qui ne sont pas contestés, et qui justifiaient le refus de délai de départ volontaire, n'aurait pas pris en considération la situation de l'intéressé. En outre, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières, au sens des dispositions citées au point précédent, alors même qu'il justifie d'un hébergement au centre d'hébergement d'urgence Les Matelots, de nature à faire obstacle à la privation de délai de départ volontaire. Ainsi, en se bornant à faire valoir qu'il justifiait de garanties de représentation, M. A n'établit pas que le préfet ne pouvait légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision désignant le pays de renvoi est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
14. La décision contestée précise que M. A est de nationalité marocaine et qu'il n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible. M. A ne produit aucune pièce susceptible de démontrer un risque en cas de retour dans son pays d'origine. En outre la décision indique qu'il sera reconduit vers le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Ainsi, à supposer que M. A soit, comme il le prétend, demandeur d'asile en Slovénie, la décision attaquée permet un renvoi vers le pays dans lequel il est légalement admissible. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile sera écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
16. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
17. Le préfet de police a examiné la situation personnelle de M. A au regard des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a constaté que son comportement constitue une menace pour l'ordre public après son signalement le 28 juillet 2024 pour agression sexuelle par personne en état d'ivresse manifeste et menaces réitérées de crime contre ces personnes. Le préfet a ensuite fait état du fait que l'intéressé, qui déclare être entré en France en janvier 2023, ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France étant constaté qu'il se déclare célibataire sans enfant. La décision attaquée n'avait pas à mentionner l'absence de précédente mesure d'éloignement puisque cette considération ne justifie pas la mesure contestée. Si le requérant fait grief à l'administration de ne pas avoir apprécié les circonstances humanitaires, il ne se prévaut que d'une demande d'asile en Slovénie dont il n'établit pas la réalité et ne fait ainsi état d'aucun fait susceptible de relever de cette qualification. Enfin, alors même que M. A conteste les faits mentionnés dans le signalement, il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux produits que la victime et des témoins ont attesté de son comportement et la gravité d'une agression sexuelle justifie la durée retenue par le préfet de police. Dans ces conditions, la décision attaquée atteste de la prise en compte par le préfet de police au vu de la situation de l'intéressé de l'ensemble des critères prévus par la loi et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Lu en audience publique le 12 août 2024.
La magistrate désignée,Le greffier
C. VOILLEMOTR. DRAI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2420827/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026