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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420830

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420830

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420830
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Cette requête en référé suspension, présentée devant le Tribunal Administratif de Paris, visait à suspendre la décision implicite de rejet du préfet de police concernant le renouvellement du titre de séjour de Mme A, ressortissante malienne. Le juge des référés a rejeté la demande, considérant que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la requérante ne pouvait ignorer depuis juillet 2023 que sa demande ne recevrait pas de réponse favorable. La solution retenue est fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui subordonne la suspension à une urgence justifiée, laquelle n'a pas été caractérisée en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Cisse, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que la décision contestée l'empêche de travailler pour subvenir aux besoins de son couple ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police ; en effet, cette décision est entachée d'un défaut de motivation, méconnaît son droit d'être entendue, a été prise selon une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour, et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-malien.

Le préfet de police a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 1er août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le dossier de la requête au fond enregistrée le 31 juillet 2024 sous le n° 2420832 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 2 août 2024, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fouassier,

- les observations de Me Diakite, représentant Mme A, qui maintient ses conclusions et moyens,

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soutient que la requête est irrecevable en raison de la tardiveté de la requête au fond, ou, subsidiairement, de l'absence de décision de rejet du fait du caractère incomplet du dossier, et, en tout état de cause, que l'urgence n'est pas caractérisée et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, épouse B, ressortissante malienne, née le 2 janvier 1998, titulaire d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 6 novembre 2020 au 6 novembre 2021, a demandé à la préfecture de police, le 13 décembre 2021, le renouvellement de son titre de séjour. Des récépissés de demande de carte de séjour lui ont été délivrés, dont le dernier était valable jusqu'au 2 juillet 2023. Mme A demande la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet dont elle se prévaut, Mme A fait valoir que la décision contestée l'empêche de travailler pour subvenir aux besoins de son couple. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A, entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, a demandé à la préfecture de police le renouvellement de son titre de séjour le 13 décembre 2021. Dès le 4 juillet 2023, elle était informée par courriel que son récépissé, valable jusqu'au 2 juillet 2023, ne serait pas renouvelé. Par un autre courriel du 27 juillet 2023, elle était invitée à déposer une nouvelle demande de titre de séjour. A supposer même qu'elle n'ait pas été destinataire du courriel du 2 juin 2023 auquel ce dernier courriel faisait référence, Mme A ne pouvait plus ignorer, en juillet 2023, que sa demande ne recevrait pas de réponse favorable, du fait d'un rejet ou d'un classement sans suite. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait entrepris depuis juillet 2023 la moindre démarche, soit pour contester cette décision, soit pour déposer un nouveau dossier. Elle ne justifie, en outre, d'aucune activité professionnelle, alors que les récépissés qui lui ont été délivrés l'autorisaient à travailler. Au vu des seules pièces produites, Mme A ne peut, en tout état de cause, être regardée comme faisant état de circonstances caractérisant une situation d'urgence telle que requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, ni de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris le 7 août 2024.

Le juge des référés,

C. Fouassier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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