mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2420891 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | LOPEZ |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2419589, M. D A, détenu au centre pénitentiaire de Paris-La Santé, représenté par Me Lopez, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années et l'a signalé dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
- cet arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de la communication de son dossier ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de convocation devant la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'erreur de fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations des 1, 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'inscription au système d'information Schengen :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 31 juillet et le 9 août 2024 sous le n° 2420891, M. C B A, détenu au centre pénitentiaire de Paris-La Santé, représenté par Me Lopez, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années et l'a signalé dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
- cet arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de la communication de son dossier ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de convocation devant la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'erreur de fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations des 1, 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'inscription au système d'information Schengen :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hémery ;
- et les observations de Me Lopez, avocat, représentant M. B A.
Le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.
Une note en délibéré a été enregistrée le 4 septembre 2024 pour
M. B A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 novembre 2021, M. B A, ressortissant algérien né le 7 avril 1970 et entré en France en 1970 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence sur le fondement du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par deux arrêtés identiques des 21 juin 2024 et 22 juillet 2024, le préfet de police a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. B A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2419589/8 et 2420891/8, présentées par M. B A, ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger des questions semblables compte tenu de l'argumentation développée. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'arrêté en date du 21 juin 2024 :
3. Il ressort des pièces du dossier que préfet de police a, par une première décision en date du 21 juin 2024 refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Le préfet a réitéré dans des termes identiques cette même décision le 22 juillet 2024. Cette seconde décision doit être regardée comme ayant implicitement et nécessairement retiré et remplacé la décision du 21 juin 2024. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 étaient sans objet et sont irrecevables.
S'agissant de l'arrêté en date du 22 juillet 2024 :
4. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / (). ".
5. D'une part, il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser ou de renouveler un titre de séjour, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels ces dispositions renvoient.
6. D'autre part, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions figurent notamment celles de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le préfet doit consulter la commission du séjour des étrangers lorsqu'il envisage de refuser ou de renouveler le titre de séjour temporaire d'un étranger.
7. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B A a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans à compter du 14 mai 1987, renouvelé les 14 mai 1997 et 13 mai 2017. Le 27 décembre 2017, il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, renouvelé le 26 décembre 2018, le 27 décembre 2020 et le 26 décembre 2021. Dans ces conditions, il établit résider de manière habituelle en France depuis plus de dix années.
8. D'autre part, le préfet de police a, en application des dispositions précitées, saisi la commission du titre de séjour pour qu'elle émette son avis sur la demande de titre de séjour de M. B A. Réunie le 28 février 2024, cette commission, constatant l'absence de l'intéressé, a rendu un avis défavorable à sa régularisation. M. B A soutient n'avoir pas reçu la convocation à la réunion de cette commission. Sile préfet de police fait valoir en défense que le requérant a été convoqué, il n'apporte aucun élément démontrant que cette convocation aurait été adressée au requérant. Dans ces conditions, M. B A doit être regardé comme n'ayant pas été convoqué à la réunion de la commission du titre de séjour et a, par suite, été privé d'une garantie. La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a donc été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B A est fondé à demander l'annulation la décision du 22 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son certificat de résidence. Le requérant est également fondé, par voie de conséquence, à demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. D'une part, eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour. Il implique uniquement d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
11. D'autre part, le présent jugement qui prononce l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. B A implique nécessairement l'effacement du signalement de la requérante aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de saisir, sans délai, les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 (mille) euros à verser à M. B A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2419589.
Article 2 : L'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler le certificat de résidence de M. B A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de police de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. B A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 5 : L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. B A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2420891 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
D. HEMERYLa greffière,
L. POULAIN
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2419589/8 - 2420891/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026