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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420952

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420952

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420952
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A, ressortissant ivoirien, pour contester un arrêté du préfet de police du 10 juin 2024 prononçant son obligation de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour de cinq ans et le retrait de son titre de séjour. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, considérant que les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er et les 5, 7 et 12 août 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Paris, représenté par

Me Bikindou, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'arrêté attaqué a été adressé dans un CHRS du 19ème arrondissement de Paris alors qu'il était détenu à la maison d'arrêt de la santé ; il n'a eu connaissance de la mesure d'éloignement que lors de son placement en rétention le 31 juillet 2024 ;

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

- les décisions sont prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- elles ont été prises en méconnaissance du droit d'être informé, de présenter des observations et du principe du contradictoire ;

- le préfet de police aurait dû mettre en œuvre une procédure contradictoire et appliquer les dispositions du code des relations entre le public et l'administration avant de procéder au retrait du titre de séjour et de prendre les décisions attaquées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont illégales dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il ne représente pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il a purgé sa peine de prison, a été libéré pour bon comportement et fait des efforts de réinsertion ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive 2008/115/CE ;

- il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement alors qu'il doit se voir attribuer un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'enfant français et sur le fondement des articles L. 423-7, L. 423-8 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité ;

- elle méconnaît l'article L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces, enregistrées le 2 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Voillemot en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Voillemot ;

- les observations orales de Me Bikindou, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur l'absence de procédure contradictoire préalable à l'arrêté attaqué alors qu'il comporte, notamment, un retrait du titre de séjour du requérant ;

- et de Me Camus, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité ivoirienne, né le 30 juin 1992, déclare être entré en France le

6 octobre 1998. Un titre de séjour pluriannuel lui a été délivré, valable du 22 mai 2022 au 21 mai 2026. Par un arrêté du 10 juin 2024 le préfet de police a procédé au retrait du titre de séjour de M. A, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. A demande l'annulation des décisions du 10 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire (), la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) / le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la même charte précise que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

3. M. A soutient, sans être contredit par le préfet de police, que l'arrêté attaqué a été pris sans aucune procédure contradictoire et sans qu'il puisse formuler d'observations. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'il aurait été mis à même de présenter des observations écrites par courrier en date du 30 mai 2024. Toutefois, le requérant, qui était en détention au centre pénitentiaire de la Santé à Paris à cette date, soutient à l'audience que ce courrier ne lui a pas été notifié et le préfet de police ne produit aucune pièce susceptible d'établir la notification de ce courrier ou que le requérant aurait été mis à même de présenter ses observations. En outre, il ressort des pièces du dossier que des titres de séjour ont été régulièrement délivrés au requérant depuis sa majorité dont, en dernier lieu, deux titres de séjour pluriannuels, l'un valable du 22 mai 2018 au

21 mai 2022 puis l'autre valable du 22 mai 2022 au 21 mai 2026. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a été mis à même de présenter des observations alors que sa situation a pu évoluer depuis la délivrance de son dernier titre de séjour pluriannuel. Par suite,

M. A est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de retrait de son titre de séjour et à invoquer la méconnaissance du principe du contradictoire contre l'arrêté attaqué.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, et par voie de conséquence, celle refusant de lui octroyer un délai, fixant le pays de destination et celle prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur l'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de police lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 juin 2024 du préfet de police est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi et fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 12 août 2024.

La magistrate désignée,Le greffier

C. VOILLEMOTR. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2420952/8

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