vendredi 17 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421046 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août 2024 et le 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Bories, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle et de lui délivrer dans l'attente de celui-ci une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux différentes décisions :
- elles méconnaissent l'autorité de la chose jugée ;
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle traduit un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
La clôture de l'instruction est intervenue le 2 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les observations de Me Tran, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant gambien né le 1er janvier 1993, entré en France selon ses déclarations au cours de l'année 1993, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 juillet 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. M. B en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, comme l'a déjà constaté le tribunal dans les motifs de son jugement du 9 janvier 2024, M. B justifie être entré sur le territoire français durant l'année ayant suivi sa naissance, en 1993, et y avoir séjourné de manière continue depuis lors. Il ressort notamment des pièces du dossier qu'il y a effectué toute sa scolarité entre les années 1996 et 2011, de la petite section à la première professionnelle, et qu'il y réside aux côtés de ses deux parents, tous deux titulaires d'une carte de résident, ainsi que de ses frères et sœurs, tous titulaires de la nationalité française. Le requérant justifie enfin disposer d'une promesse d'embauche signée le 10 novembre 2023, et toujours valable à la date de la décision attaquée, par la société Keneday's Market pour une activité d'employé polyvalent. Par suite, eu égard en particulier au fait qu'il a passé la totalité de son existence en France, où se trouve l'ensemble de ses liens familiaux, et à ses perspectives d'insertion, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, en dépit des condamnations pénales dont il a fait l'objet pour des faits essentiellement en lien avec le transport et l'usage de stupéfiants commis entre le 12 juin 2012 et le 10 août 2017.
3. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. L'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sauf changement de circonstance de droit ou de fait qui y ferait obstacle, qu'un titre de séjour soit délivré à M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 4 juillet 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
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